2021-10-01

Isaac Asimov : Les Cavernes d'acier

J’aime bien les romans d’Isaac Asimov. J’ai d’ailleurs entrepris la lecture de l’intégrale de ses œuvres. Depuis 2018, j’ai lu La fin de l’éternité, Les robots, Un défilé de robots, Face aux feux du soleil et quelques autres. Trois des ouvrages cités font partie du Cycle des robots, une suite romanesque qui compte six ouvrages en tout. Les Cavernes d’acier, dont je rends compte aujourd’hui, s’inscrit dans le même cycle.

À l’instar de Face aux feux du soleil, ce roman met en scène le détective Elijah Baley, commissaire de police de New York, et son associé Daneel Oliver, un robot humanoïde conçu par les Spaciens. Pour rappel, ou du moins pour ceux qui ne connaissent pas l’univers d’Isaac Asimov, les Spaciens sont un peuple constitué des premiers descendants des Terriens ayant colonisé d’autres planètes. Deux caractéristiques distinguent les Spaciens des habitants actuels de la Terre. La première tient en un usage intensif des robots dans leur vie personnelle et professionnelle. Or, les Terriens font montre d’une grande méfiance envers les robots. En fait, ils craignent que ceux-ci ne prennent leur place dans leur travail et, ce faisant, ils feraient d’eux des chômeurs et des citoyens inutiles qui ne bénéficieraient plus de certains privilèges comme l’obtention d’un lavabo dans leur appartement, des places réservées au restaurant communautaire, des sièges confortables dans les transports publics, etc. La deuxième caractéristique s’avère aussi importante que la première : les Spaciens vivent à l’air libre dans de vastes maisons alors que les Terriens habitent de petits appartements dans des mégapoles nichées sous des toits d’acier. Dans le roman, par exemple, la ville de New York compte plus de 20 millions d’habitants et s’étend sur près de 300 kilomètres, englobant l’actuel New Jersey. 

Voici un résumé succinct de ce roman qui, tout en revendiquant le genre S.-F., s’avère aussi un roman policier. Un Spacien est assassiné et, pour éviter un conflit ouvert entre les Terriens et les Spaciens, le directeur de la police, un dénommé Julius Enderby, confie l’enquête à l’inspecteur Elijah Baley. Il revient aux Terriens de résoudre l’affaire parce que le crime ne peut avoir été commis que par un Terrien. Pour ne pas être en reste, les Spaciens imposent à Baley de prendre le robot Daneel Oliver comme collaborateur. À l’instar des habitants, Baley n’aime pas les robots et il craint des ennuis, d’autant plus qu’il doit héberger Daneel dans son propre appartement. L’enquête se déroule donc sur fond de méfiance envers ce robot en particulier et les robots en général. Un groupuscule anti-robot, appelé les Médiévalistes, menace même leur sécurité. Pire, la propre femme d’Elijah Baley en serait membre… Et c'est dans ce climat malsain de quasi terrorisme anti-robot que se déroule l’enquête qui finira par aboutir, bien entendu, à la satisfaction de tous, sauf du coupable. Vous comprendrez qu’en raison de la nature policière du roman, je ne peux vous en dire plus… mais Asimov a bien fait les choses, je vous l’assure. 

Quand je lis des romans de science-fiction, j’aime bien m’arrêter sur la vision des auteurs du monde de demain. Dans Les Cavernes d’acier, publié en 1954, Asimov déplorait le caractère trop hiérarchisé de la société moderne, une société construite sur des privilèges accordés à certains et refusés à d'autres : « Les gens deviennent de jour en jour plus agacés par le système de classement de la population en catégories distinctes, plus ou moins privilégiées. Et, en toute honnêteté, Baley devait s’avouer qu’il partageait entièrement le sentiment des masses populaires sur ce point. Il affectait d’ailleurs, non sans satisfaction, de se considérer comme un homme du peuple ». Mais ce que déplore surtout l’auteur - et c’est une criante actualité -, c’est la surpopulation : « La population terrestre continuait à croître, et un jour viendrait, tôt ou tard, où, malgré tous leurs efforts, les grandes villes ne pourraient plus fournir à chacun de leurs ressortissants le minimum vital de calories indispensable pour subsister ».  Dans le roman, la population mondiale atteint huit milliards d’habitants… chiffre que nous atteindrons dès 2023 !

Il y a trop de monde sur la Terre, on le sait bien aujourd'hui et, en 1954, Asimov avait anticipé ce problème crucial pour l'avenir de la planète. Malgré tout, Isaac Asimov reste un optimiste. Dans sa conclusion, influencé par les Spaciens, Elijah Bailey estime que la sagesse commande aux Terriens de reprendre l’exploration spatiale afin de coloniser de nouvelles planètes… Une solution qui en vaut une autre... tant qu'elle reste dans le cadre d'un roman !

Issac Asimov. Les Cavernes d'acier, c1954, J'ai Lu, 1971.