2021-08-15

Henri Vernes : Bob Morane 12 - Le secret des Mayas

On s'en souviendra, à la fin de l'aventure précédente - Les Requins d'acier -, Bob Morane quitte San Francisco pour aller se reposer chez son ami Frank Reeves à Miami. Soudain, alors qu'il se prélasse dans le jardin de celui-ci, le professeur Clairembart se présente à la porte. Les deux compères sont heureux de retrouver leur vieil ami de La Galère engloutie. Aussitôt assis, un verre à la main, le professeur sollicite leur aide pour une expédition dans la jungle de Tobago, un pays imaginaire situé au sud du Mexique, il s'agit de retrouver Le livre d'or des Mayas, un document susceptible d'expliquer la disparition de ce peuple précolombien. Le problème, vous l’aurez deviné, est que ce document est fait en or, justement, de sorte qu’il risque de susciter les convoitises. Après discussion, Bob Morane se résout de partir avec le professeur Clairembart, mais Frank Reeves s'y refuse en raison de sa situation familiale. Toutefois, il financera l'expédition. Pour le seconder dans cette aventure, Bob fait finalement appel à Bill Ballantine, le géant roux dont il a fait la connaissance dans le premier épisode (voir La Vallée infernale). 

Le trio composé des deux aventuriers et du professeur se retrouvent à Ciudad Tobago, un pays tropical où il fait chaud et humide si j’en crois les descriptions qu’en fait Henri Verne. Rapidement un pépin se présente en la personne de Samuel Higgins, un homme attiré par l’or du Livre des Mayas. Dans la chambre de Bob Morane où il est entré sans autorisation, il a maille à partir avec notre héros qui le chasse comme un malpropre. Les choses n’en resteront pas là, lui lance-t-il avant de tirer sa référence. 

Dans les chapitres suivants, l’intrigue se déroule rondement, si nous pouvons nous exprimer ainsi après le crash de deux avions et d’une attaque de fourmis rouges… Toujours est-il qu’on se retrouve au milieu de la jungle de Tobago. Le trio va à la rencontre de la tribu Lacadon, des descendants des anciens Mayas. Bob Morane tente une approche par étape pour gagner l’amitié de Kirun, leur chef. Et ça marche car les Lacadons acceptent d'accompagner Bob Morane et ses amis jusqu’au pied de la montagne au sommet de laquelle se trouve l’emplacement qui abriterait le fameux Livre d’or. 

Au pied de la montagne, les Lacadons rentrent chez eux. Dans leur culture, cette montagne est sacrée et ils refusent d’aller plus loin. Nos amis doivent donc poursuivre l’aventure sans eux. Malheureusement, un tremblement de terre a obstrué la voie d’accès ; ils doivent se rabattre par la rivière, Bob Morane ayant aperçu un passage souterrain. Ils s’enfoncent donc dans les entrailles de la montagne, risquant la noyade à l’occasion. Alors que, malgré les obstacles, ils touchent au but, voilà qu’ils tombent sur une embuscade orchestrée par nul autre que Samuel Higgins. Accompagné par des métis sans foi ni loi, il tire sur nos héros qui se sont repliés derrière des rochers. Il les somme de se rendre et leur livrer l’emplacement du Livre d’or. 

De son côté, Bob Morane revient sur ses pas pour chercher un passage et, ce faisant, il tombe littéralement dans la fameuse galerie où se trouvent les géants de pierre au milieu desquels gît le Livre d’or des Mayas. Mais il n’est pas seul : il y a là Loomie, la jeune gardienne de la montagne… Bob sympathise avec elle et la convainc de l’accompagner. Ce n’est pas si simple car, comme l’écrit Henri Verne : « Les Lacandons sont les descendants des Mayas, ne l’oublions pas et, depuis Cortès et sa bande de ruffians, les blancs doivent occuper une place à part dans leur mythologie démoniaque…» 

Quand Bob et la jeune Lacadon arrivent sur les lieux, tous les métis sont morts et les Occidentaux, soit Higgins, le professeur et Bill Ballantine, ont disparu. Quand ils reviennent dans la galerie, ils assistent au spectacle de Cham, la grand-père de Loomie et, surtout, le grand prêtre des derniers Mayas. Cham s’apprête à offrir les victimes en sacrifice aux dieux. Visiblement, Higgins y passe… mais Bob Morane arrive à temps pour parlementer avec Cham. Un autre tremblement de terre, qui survient à ce moment, convainc Cham que les dieux ne sont plus favorables à ce sacrifice. « L’image de ce suicide collectif effrayait Morane. Il demeurait cependant bien dans l’esprit de ce peuple maya qui, sans cesse au cours de son histoire, semblait avoir été poursuivi par une terrible malédiction, jusqu’à se transformer en une race de bâtisseurs errants. » 

Pendant que Cham et ses derniers Mayas restent dans la montagne, prêts à mourir sous les pierres, nos héros rentrent à Miami en emmenant Loomis avec eux. Au dernier chapitre, ils sont tous rassemblés chez Frank Reeves dont l’épouse, Carlotta, s’est prise d’affection pour la jeune Acadon. Finalement, ils deviendront les tuteurs de l’adolescente. Quant au professeur Clairembart, il aura assez à faire pour déchiffrer les images du Livre d’or des Mayas que Morane a eu le temps de photographier. Notre héros, lui, est appelé vers d’autres aventures… Pour rassurer Loomie, qui se demande si elle est vraiment à sa place, il lui dit : « Le bonheur est partout, dit-il encore, car on l’emporte avec soi. Il suffit d’avoir une âme forte et des yeux émerveillés…» 

Ce douzième Bob Morane se situe dans la même veine que les précédents, mais il m’est apparu d’une qualité bien supérieure au onzième roman - Les Requins d’acier. L’intrigue est moins tissée d’invraisemblances et, même s’il y a de bons et de méchants Blancs, l’aspect manichéen du récit s’avère moins prononcé. Le lecteur constate la cupidité de Higgins, mais l’auteur n’en fait pas un psychopathe comme le personnage méchant des Requins d’acier, voire celui des Faiseurs de désert. Franchement, j’ai bien aimé Le secret des Mayas...même s’il ne nous est pas révélé ! 

 Vernes, Henri. Le Secret des Mayas (Bob Morane 12). Éd. Gérard (coll. Marabout Junior), c1956

2021-08-01

Jules Romains : Les hommes de bonne volonté 2 - Crime de Quinette

Ce deuxième volume démarre sur les chapeaux de roues, si j'ose dire, car le jeune homme accueilli précédemment par Quinette (voir Le 6 octobre) aurait bien commis l'irréparable sur la personne d'une dame du quartier. C'est du moins ce qu'il en conclut en lisant la presse du matin qui relate la découverte du corps dix jours après les faits. Il réfléchit à ce qu'il convient de faire, à ce qu’il convient de dire si la police venait à l'interroger, mais il est interrompu par Juliette Ezzelin qui veut récupérer le livre qu'elle lui a donné à relier. Sa relation avec Augustin Leheudry, le jeune homme en question, s’avère complexe, troublante même. Pourquoi s’est-il impliqué autant dans cette affaire au point de rendre lui-même visite à la police en tant que témoin ? Sans doute pour pimenter sa vie routinière et sans éclat.

Au bout de quelques chapitres, l'auteur reprend l'histoire de Wazemme qui a commencé son nouveau travail de coursier pour Haverkamp, cet homme rencontré sur un champ de course au volume précédent. Dans un chapitre remarquable d'ingéniosité par sa description tout en sous-entendu, l'auteur raconte la perte de la virginité du jeune homme avec la dame du bus rencontrée au volume précédent.

Plus loin nous retrouvons la comédienne Germains Baader, la maîtresse de Gurau, le politicien aux prises avec un jeu de coulisses au gouvernement. Champcenais, ce noble qui a des intérêts dans le pétrole, tente une manœuvre avec ses associés afin d’influencer Gurau. Il ferait mieux de surveiller la comtesse, son épouse, qui fait l’objet d’une attention particulière d’un ami de longue date… Mais Sammécaud, là où les autres ont échoué, réussit à convaincre - ou plutôt à corrompre - Gurau de l’inutilité sociale de sa démarche envers les pétrolières.

Au trois quarts du roman, on retrouve les intellectuels en train de discuter de cette guerre que d’aucuns prévoient la portée : une guerre mondiale… Mais Sampeyre, le professeur à la retraite, et Clanricard, son disciple en quelque sorte, ont tendance à penser que le conflit se limitera à un conflit ouvert entre la Turquie et la Bulgarie. Cette pensée, trop optimiste pour être fondée, ne convainc pas tout le monde. Et on conclut : « Les philosophes modernes de l'histoire sont les plus grands malfaiteurs depuis l'Inquisition. Bossuet, bon, c'est fini. Mais Hegel et Marx ont remis ça. Eux et les journaux quotidiens, voilà les meilleurs auxiliaires des gouvernements pour l'écrasement des peuples. »

Jules Romains consacre aussi quelques lignes à la rencontre de Jerphanion et Jallez, deux jeunes normaliens qui deviendront amis au volume suivant. Déjà, on sent la fraîcheur de la jeunesse, la candeur de l’avenir qui se pose devant eux malgré cette guerre à venir.

Mais dans ce deuxième roman de sa série romanesque, Jules Romains accorde plutôt la place à Quinette qui, de plus en plus glauque, n’hésite pas à commettre l’acte ultime dans une scène - la scène finale du roman - digne des romans gothiques du XIXe siècle.

Que retenir de ce roman dont l’intrigue se déroule tout entier une semaine après le volume précédent, soit le 12 ou le 13 octobre 1908 ? Que du bien… Le monde de Jules Romains se met en place, un monde conforme aux préjugés de l’auteur sans aucun doute, mais un monde vivant qui va évoluer au fil des volumes subséquents.

Romains, Jules. Crime de Quinette (Les hommes de bonne volonté 2). Flammarion, c1932