2021-05-21

Henri Verne : Bob Morane 10 - La Vallée des brontosaures


Si La Griffe de feu se déroulait en Centrafrique, il fallait néanmoins le déduire alors que, dans ce dixième roman de la série Bob Morane, ce pays d'Afrique centrale est clairement identifié, même s’il  ne s’agit toujours pas du même pays. En fait, nous sommes en territoire britannique, probablement en Ouganda, dans une ville fictive à la lisière de la jungle appelée Walambo. Mais tout ça importait peu pour le lecteur adolescent des années 1950 qui, lui, avait juste besoin de se sentir dépaysé dans cette Afrique mythique à la nature sauvage, une Afrique peuplée de tribus aussi primitives que sanguinaires… Bref, on est sans nul doute dans le pays de Tarzan ou de Jim la Jungle. 

Mais ce dixième Bob Morane apporte surtout une nouveauté par rapport aux romans précédents. En effet, pour la première fois, l'auteur fait d'une femme un personnage important dans son histoire : Leni Hetzel, la fille d'un paléontologue autrichien qui souhaite laver la réputation de son père. Celui-ci aurait découvert des squelettes d’animaux préhistoriques dans une vallée peu accessible, une découverte qui aurait été mise en cause par des archéologues américains. Aussi, la jeune femme souhaite se rendre dans cette vallée afin de démontrer au milieu scientifique qu’elle existe vraiment et qu’on y trouve les ossements en question. Mais pour se rendre dans cette vallée, il faut traverser le territoire des hommes-léopards, une tribu qui n’apprécie pas la présence des blancs, et avec raison, sans doute, quand on voit la piètre qualité morale des Européens qui trafiquent ivoire et diamants dans le secteur. Parmi ceux-ci, l’auteur nous en offre un bel échantillon avec Peter Bald, un alcoolique du nom de Crest qui lui sert d’homme de main, et Brownsky, un trafiquant peu recommandable. Et compte tenu qu’Allan Wood, l’ami que Bob Morane est venu retrouver pour un safari photo, refuse d’accompagner Miss Hetzel, craignant pour sa vie et pour celle des porteurs, celle-ci n’a d’autre choix que de se tourner vers ces forbans.

Bob Morane est inquiet pour Lena Hetzel. Alors, tout en partant en safari avec Wood et M’Booli, il suit les traces de la jeune femme, car ils se doutent bien que ce ne sont pas les ossements qui intéressent ces hommes, mais plutôt des diamants dissimulés dans une grotte de cette fameuse vallée. Sur la route, ils tombent sur le cadavre de Crest, vraisemblablement tué par les Bakubis, les hommes-léopards. Conscient de son retard sur l’équipe de miss Hetzel, et de plus en plus inquiet, Bob Morane prend la liberté d’aller à la rencontre de Bankutûh, chef des Balébélés. Avant d’accéder au territoire interdit, il sauve la vie au fils du sorcier aux prises avec des babouins géants, ce qui constitue son passeport d’entrée… Notons que ce n’est pas la première fois qu’Henri Verne recourt à ce moyen pour s’attirer la sympathie des autochtones au profit de son héros. Il l’a fait dans La Vallée infernale, Sur la route de Fawcett et Les Faiseurs de désert.) Bien entendu, Bankutûh autorise Bob Morane et son équipe à traverser ses terres afin de lui permettre d’arriver avant Lena Hetzel à la rivière Sangrah, porte d’entrée de la vallée des brontosaures. 

À partir de là, tout déboule… Leni Hetzel et ses vilains compagnons sont capturés par les hommes-léopards, puis délivrés par Bob Morane à l’exception de  Brownsky qui n’a pas survécu aux rites sacrificiels des Bakulis. Poursuivis par ceux-ci, nos héros réussissent à s’enfuir dans la forêt, mettant le feu derrière eux pour retarder les hommes-léopards. Aux prises avec la faim, Bob Morane part à la chasse tandis que Lena, Allan et M’Booli (Peter Bald s’est enfui de son côté) l’attendent sur un plateau. Seul, Bob Morane poursuit sa route, tue une antilope pour se nourrir et affronte à lui seul le terrible chipekwe, nom donné par les Africains à un type de saurien géant. Et sans trop s’en rendre compte, il aboutit dans la vallée des brontosaures, une cavité remplie de fossiles d'animaux préhistoriques. Au fond de cette vallée, il découvre une grotte dans laquelle les diamants sont posés à côté d’un squelette humain. Malheureusement pour lui, Peter Bald le rejoint et menace de le tuer… avant qu’il soit lui-même empalé par une sagaie bakulie… À la fin, Bankutûh et ses sujets mettent les hommes-léopards en déroute et accompagnent les rescapés sur la route de Walambo, là où leurs chemins se séparent. Et tout est bien qui finit bien : les méchants sont morts, les Balébélés préservent leurs traditions, Allan Wood épouse Leni et Bob Morane va enfin faire son safari-photo avec M’Booli, le fidèle Africain au service de son ami.

Que doit-on penser de cette nouvelle aventure de Bob Morane ? Personnellement, je la trouve meilleure que les précédentes. L’intrigue se complexifie, les personnes aussi. Bien entendu, nous sommes toujours en pleine période coloniale, et il vaut mieux ne pas s’arrêter à l’image de l’Afrique véhiculée par Henri Verne. Certes, tout n’est pas noir, mais on sent clairement que ce continent vit sous le joug des nations européennes. Par ailleurs, la présence d’une femme (Leni Hetzel) dans le récit ajoute un plus… Une femme courageuse, somme toute, qui finira par épouser Allan Wood, l’ami de Bob Morane. Pourquoi pas notre héros ? L’aventure est un sacerdoce, ne l’oublions pas…

Henri Verne. La Vallée des brontosaures (Bob Morane 10). Éditions Gérard et Cie, c1955

Mars 2011


2021-05-07

Alphonse Piché : poèmes (1946-1968)


 C’est en parcourant une anthologie (Laurent Mailhot et Pierre Nepveu, La poésie québécoise, Typo 1996) que j’ai découvert le poète Alphonse Piché. Dès les premières strophes, j’ai été séduit par les poèmes de cet auteur qui ont pour objet des questions de portée universelle comme les inégalités sociales, le sens de l’existence humaine, la vieillesse et la mort, etc.

Le présent ouvrage réunit les quatre premiers recueils de poèmes publiés par Alphonse Piché: Ballades de la petite extrace (1946), Remous (1947), Voies d’eau (1950) et Gangue (1968). C’est sans doute dans le premier recueil – Ballades de la petite extrace – qu’Alphonse Piché donne à ses poèmes une portée résolument sociale, prenant pour objet la vie difficile du petit peuple de Trois-Rivières à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Parmi les quelque quarante poèmes que compte ce recueil, citons La vieOffrandePrièreLes ruesEn guerre, Les «Toppeux» et, bien sûr, Petite extrace, texte inaugural qui se termine par:

Pâles commis, menu fretin
Aux gros poissons les grandes eaux
Sachons rester dans le bassin
Aux petits chiens les petits os

Remous, le deuxième recueil, témoigne de la maturité du poète qui maîtrise de mieux en mieux son art. Il s’ouvre avec Bornes, un superbe poème qui débute par  « Nous ignorons la paix étale de la plaine » et se termine par la strophe suivante :

Incline ton caprice, ô passant éphémère!
Sur l’arbuste tiré de la ronce et la nuit:
L’ombre qui dort en toi est la rosée amère
Qu’il lui faut assécher pour te livrer ses fruits

Quant au recueil intitulé Voies d’eau, la trentaine de poèmes qui le composent ont pour thème la méditation poétique d’un homme au fil de l’eau. Il s’agit en quelque sorte des poèmes maritimes d’Alphonse Piché qui ne dédaignait pas naviguer sur les eaux du Saint-Laurent. Enfin, dix-huit ans plus tard, l’auteur fait paraître Gangue, un petit recueil dont les poèmes sont plus obscurs, plus pessimistes aussi, des poèmes où les thèmes de la vieillesse et de la mort sont abordés en toute lucidité, l’auteur sachant pertinemment que la lutte contre la finitude s’avère un vain combat.

Bien que né à Chicoutimi en 1917, Alphonse Piché vit toute sa vie à Trois-Rivières où ses parents s’installent alors qu’il n’a pas encore deux ans. Après des études jamais complétées au séminaire Saint-Joseph de cette ville, il gagne sa vie en pratiquant divers métiers: commis de chantier, vendeur, comptable, agent d’assurances, etc. Mêlé très tôt au milieu littéraire local, il côtoie notamment les poètes Clément Marchand, Albert Tessier, Raymond Douville, Hervé Biron, Adrienne Choquette et Auguste Panneton. Il meurt en 1998 à l’âge de quatre-vingt et un ans. Son œuvre lui vaut de nombreux prix littéraires dont le Prix du Gouverneur général du Canada dès la parution de Poèmes (1946-1968) en 1976.

Outre les quatre recueils réunis dans Poèmes (1946-1968), Alphonse Piché a publié d’autres ouvrages dont Dernier profil (1982), Sursis (1987) et Néant fraternel (1991). Aucun site Web n’est entièrement consacré à ce poète, mais on trouvera des informations complémentaires en consultant Espace poétique, le site personnel de l’écrivaine Huguette Bertrand. Pour les mordus, on peut toujours se rendre au centre d’archives de Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Trois-Rivières où est conservé le fonds Alphonse Piché (P19).

Piché, Alphonse. Poèmes (1946-1968). Montréal, L’Hexagone, 1976

Juillet 2006, rév. 2010, 2021

Perry Rhodan 2 : La Terre a peur

Au premier volume, souvenez-vous, Perry Rhodan, son compagnon Bully, le médecin de bord, et un collègue australien qui est venu l’épauler, tiennent un siège en plein milieu du désert de Gobi situé au nord de la Chine (ou au sud de la Mongolie, c’est selon). Pendant que les médecins tentent de sauver l’arkonide Krest, aux prises avec la leucémie, les puissances mondiales, qui s’entendent comme larrons en foire depuis que Perry Rhodan a neutralisé, grâce à la technologie arkonide, leur puissance nucléaire, bombardent sans arrêt l’Astrée, la fusée spatiale transformée en demeure de la Troisième force, ce minuscule État fondé par notre héros dans le but d’éviter la destruction de la Terre par une guerre nucléaire aussi fratricide et que stupide. La zone étant protégée par un champ de force, l’équipe de Perry Rhodan ne craint rien, même si des inquiétudes pointent ici et là, sans compter le vacarme permanent causé par ces obus qui s’écrasent en vain sur l’enveloppe protectrice.

Pendant ce temps, dans un travail de coordination inédit, les trois puissances mondiales envoient une fusée dans l’espace dans le but avoué de détruire le navire spatial des Arkonides, immobilisé sur la lune. Heureusement, Krest sort du coma, visiblement guéri de la leucémie, et Thora le rejoint au siège de la Troisième force. Mais un problème colossal se pose, toutefois : le navire spatial de la lune ayant été détruit, l’aéronef qui l’a ramené sur Terre - appelé « chaloupe » par les auteurs - n’est pas en mesure de les conduire jusqu’à la planète Arkonis située à 34 mille années lumières de la Terre. Que vont-ils faire ? D’autant plus que la coalition terrienne prépare un plan pour détruire leur base du désert de Gobi en construisant un souterrain.

Pendant que le tout se prépare, Krest estime que l’avenir des Arkonides passe par Perry Rhodan. Contre l’avis de Thora, il prend la décision de former Perry et son acolyte Bully en lui injectant, par une méthode d’apprentissage (l'indoctrinateur) dont je vous fais grâce des détails, l’ensemble des connaissances acquises par sa civilisation, de sorte que nos deux héros deviennent des super héros… En fait, des masses d’informations, renforcées par des amplificateurs électroniques, sont transmises aux neurones, puis emmagasinées dans les centres mémoriels, sans le moindre risque d’oubli. Voilà, vous avez tout compris !

En deuxième partie, l’intrigue se corse. En effet, les services secrets américains recrutent quatre personnes sur quatre continents, chacun d’eux ayant des dons spécifiques, télépathie pour le premier, télékinésie pour le deuxième, téléportation pour le troisième et, enfin, le quatrième peut voyager dans le temps et, par le fait même, connaître l'avenir. Deux de ses quatre personnes se mettent au service de Perry Rhodan, épousant sa cause au détriment des services secrets américains. Il s’agit de John Marshall, le télépathe, et Tako, le téléporteur. Celui-ci, en prévenant Perry Rhodan du danger qui menace la Troisième force, contribue à sauver la situation. En effet, après un conseil de guerre, Thora annihile tout le travail de creusage du passage souterrain qui aurait permis à la coalition des puissances mondiales de faire exploser la base.

Ce deuxième tome des Perry Rhodan se termine par une question ouverte. Pendant que la lumière pointe au loin, apportant un nouveau jour sur la planète, notre héros se demande simplement ce qu’il adviendra de lui, de son équipe, de la Terre et, bien entendu, de la galaxie en général.

Que faut-il penser de ce Perry Rhodan ? Un roman de gare qui se lit à la vitesse de la lumière. Un roman pas très bien écrit sur le plan littéraire, mais très efficace au niveau du déroulement de l’action. Certes, il y a beaucoup de naïveté, car il est tout de même étrange que des personnes, en poste de haut commandement, se rallient si facilement aux rebelles de la Troisième force, comme s’il y avait une morale agissante dans les relations internationales. On sait bien que ça ne se passe pas comme ça. Sinon on n’aurait pas déstabiliser l’Irak et la Libye… 

En terminant, soulignons que, avec ce deuxième volume, les auteurs ajoutent des éléments nouveaux à la trame romanesque : d’une part, Perry Rhodan bénéficie maintenant de pouvoirs acquis grâce à l’indoctrinateur des Akonides et, d’autre part, le lecteur assiste à l’arrivée des mutants, une nouvelle entité humaine qui jouera un rôle de plus en plus importants dans les fascicules à venir.

K.H. Scheer et Clark Carlton. La Terre a peur (Perry Rhodan 2), c1961, 1966 pour la traduction française.