2015-12-17

Chris Simon : Lacan et la boîte de mouchoirs (saison 3)

À la sortie du premier épisode de la première « saison » de
Lacan et la boîte de mouchoirs, je me suis de suite inscrit parmi les lecteurs enthousiastes des textes de Chris Simon, lisant coup sûr coup chacun des épisodes. Puis j'ai lu la saison 2,  intéressante bien entendu, mais moins enlevante que la 3 dont je viens de terminer la lecture.

Outre Hervé Mangin, le psychanalyste, on retrouve dans ce troisième volume Judith, qui va plutôt bien ces temps-ci, et Chloé, kleptomane à ses heures, forcée par sa mère à suivre des séances à trois.  Comme toujours, l'écriture de Chris Simon est fluide et le ton allègre de ses récits s'avère très agréable à lire. D'ailleurs, c'est la qualité et le défaut du projet depuis le début : ça se lit trop vite... et, du coup, on reste sur notre faim, obligé de patienter jusqu’à la sortie des prochains épisodes. Bonne nouvelle, toutefois : l’auteure vient de faire paraître l’intégrale des trois saisons de son Lacan et la boîte de mouchoirs. Cette œuvre se termine sur une note pessimiste bien que réaliste, sans doute : « L'amour c'est offrir à quelqu'un qui n'en veut pas quelque chose que l'on n'a pas... » Serait-ce là le fondement de toute psychanalyse ?

Chris Simon est une auteure indépendante. On lui doit déjà plusieurs ouvrages. Je vous invite à consulter son site qui ne manque pas d'intérêt. À l'instar de nombreux "indés", elle est diffusée à la boutique Kindle d'Amazon. Si vous ne disposez pas de la liseuse de la marque, vous pouvez installer l'application Kindle sur n'importe laquelle tablette iPad, Androïd ou Windows. Toutefois, Lacan et la boîte de mouchoirs est également disponible chez Kobo, Apple et à la FNAC. Pour en savoir davantage, cliquez sur ce lien.

Chris Simon, Lacan et la boîte de mouchoirs, saison 3, 2015. Disponible sur plusieurs plateformes, notamment à la boutique Kindle d'Amazon.ca au prix modique de 4,99$

Mise en ligne le 2015-12-17

2015-12-10

Jean-Yves Cendrey : Corps ensaignant

Dans son roman
Les jouets publié en 2005, Jean-Yves Cendrey raconte l’histoire d’un enseignant pédophile qui a sévi en Normandie pendant quelques années. La parution de ce roman lui a valu de recevoir de nombreux messages ­–  témoignages, récits, etc. – auxquels il a refusé de répondre. « Le rôle de l’écrivain n’est pas de rendre la justice ni de mener des enquêtes policières », aurait-il déclaré à Jean-Marie Laclavetine qui a préfacé Corps ensaignant. Mais voilà qu’une lettre se détache du lot, une lettre toute simple écrite par une mère « qui ne se résolvait pas à ce que sa fille disparaisse à jamais ». C’est alors qu’est né ce livre dans l’esprit de l’auteur, un livre qu’il désigne sous le nom de tombeau, au sens d’une « composition poétique en l’honneur de quelqu’un » (Petit Robert 1987), un livre, donc, pour qu’on se souvienne de cette petite fille abusée qui s’est donné la mort, dix ans plus tard, à l’âge de vingt-deux ans. « La vocation de ces pages, écrit-il à la victime, à défaut de vous rendre la vie, est de rendre à votre vie passée qui était son présent singulier. La vocation de ces pages, Céline, est de vous soustraire à une indifférence éternelle »

Dans Corps ensaignant. Jean-Yves Cendrey bâtit un récit en s’appuyant sur des témoignages recueillis autour de la mort de Céline, victime de l’enseignant pédophile Berthe. À l’exception du premier chapitre, qui prend la forme d’une lettre adressée par l’auteur à la victime, chacun des autres chapitres du roman exprime le point de vue d’un personnage impliqué dans l’événement : la mère de Céline, son père, un garçon qu’elle fréquentait avant de mourir, un professeur de l’école, un animateur, une voisine, un policier, etc. Aucune description, dans ce livre, susceptible d’alimenter la curiosité morbide que d’aucuns éprouvent face à de tels événements, car les crimes sexuels fascinent encore davantage que les faits divers où la violence s’exerce en toute gratuité. Non, rien de tout ça dans Corps ensaignant. Que des faits bruts, des témoignages consignés dans un rapport. Alors d’où vient qu’on ressent un fort malaise en lisant ce livre ? Sans doute en raison du fait que, avec une économie de moyens, l’auteur dévoile un à un les éléments d’un système qui permet à un enseignant quelconque d’exprimer sa déviance en toute impunité. D’où le mot corps qui figure dans le titre de roman, corps ensaignant, c’est-à-dire une corporation professionnelle qui permet à l’enseignant d’obtenir la protection de son syndicat, de sa hiérarchie, des policiers de la localité, etc., et ce même en cas de crimes déviants dont les victimes finissent, dans plusieurs cas, par mourir.

Je ne sais pas si je dois vous conseiller la lecture de ce roman. Peut-être que oui, après tout, dans la mesure où il s’agit d’un récit assez court, un texte qui se lit d’une seule traite, et que le malaise que vous ressentirez à sa lecture s’estompera au roman suivant. Lisez ce livre, donc, ne serait-ce pour vous rappeler que les victimes des pédophiles n’ont pas toutes la chance de recevoir de larges compensations financières, de lancer une fondation et de faire paraître un livre pour en témoigner. Car la plupart vivent dans le silence, dans la honte, blessés au plus profond de leur être, jusqu’au jour où, n’en pouvant plus de souffrir, ils mettent fin à leurs jours.

Jean-Yves Cendrey est un écrivain français né à Nevers en 1957. Il a plusieurs romans à son actif. Pour en obtenir la liste, je vous invite à consulter l’article que lui consacre Wikipédia.fr.

Jean-Yves Cendrey. Corps ensaignant. Paris, Gallimard, 2007. Malheureusement, l’auteur est publié chez un éditeur prestigieux, certes, mais réfractaire au numérique. Il faudra vous rabattre sur la version papier, disponible dans une bonne bibliothèque.

2008, mise en ligne en 2015-12-10

2015-12-03

Marie-Andrée Mongeau : Conte d'ascenseur

Originaire de la banlieue est de Montréal, Renée Côté aurait pu continuer à vivre auprès de ses parents et amis mais, à l'heure des choix, elle décide de poursuivre ses études en région, plus précisément à Rimouski, capitale administrative du Bas-Saint-Laurent. Elle a gardé de bons souvenirs de ses années d'études. Voilà pourquoi, quinze ans plus tard, elle quitte son poste dans un collège du centre-ville de Montréal pour retourner à Rimouski où elle enseigne les mathématiques. Et c'est là que ce roman atypique débute, comme un retour aux sources, un retour à l'adolescence, à des années heureuses et malheureuses, comme toutes les années.

Si j'ai qualifié ce roman d'atypique, c’est qu'il semble n’appartenir à aucun genre connu. Contrairement aux apparences, il ne s'agit pas d'un récit intimiste car, au fond, on ne connaît que peu de choses sur les états d'âme de Renée. En effet, on la sait célibataire, mais sans plus. Et quand elle se fait poser un lapin par un ami, elle réagit comme une adolescente qui tourne ça à la blague, et non comme une femme blessée par ce comportement à la limite de l’irrespect.  Ce Conte d’ascenseur pourrait aussi être associé à une chronique réaliste sur la vie quotidienne d'une professeure de mathématiques dans un collège en région, mais ce n’est pas vraiment ça non plus, notamment en raison de ces interstices au cours desquels tout un chacun prend un ascenseur, un étrange ascenseur... Et c'est là que le roman bascule carrément dans le conte fantastique, bien que…. Décidément, on ne sait plus trop où nous en sommes avec ce Conte d'ascenseur.

Dans les faits, plus qu'à un roman, le « conte » de Marie-Andrée Mongeau s'apparente davantage à un ensemble de nouvelles regroupées autour d'une unité de lieu et de temps. Nouvelles réalistes, certes, mais entrecoupées de contes fantastiques. Et l’ensemble offre plusieurs niveaux de lecture, ce que lui confère d'ailleurs tout son intérêt : 1) le roman d'une prof de maths dans un collège, une enseignante qui, manifestement, s'intéresse à ses étudiants qu'elle considère à l'occasion comme ses protégés ; 2) le récit du coming-back, du retour vers le lieu de l'adolescence, du lieu où l'héroïne retrouve aussi d'anciens étudiants aujourd'hui devenus ses collègues ; 3) un conte fantastique qui se déroule dans un huis-clos − cet étrange ascenseur − et qui traumatise chacune des personnes qui ont la mauvaise idée d'y pénétrer...

Œuvre atypique, auteure atypique… Marie-Andrée Mongeau a exercé le rare métier – pour une femme, à tout le moins – de mécanicienne de marine pendant plus de vingt ans. Elle vit aujourd’hui à une centaine de kilomètres de Rimouski, dans des « terres » sises à cheval entre le Bas du fleuve et la Gaspésie. Conte d’ascenseur  est son premier roman.

Marie-Andrée Mongeau, Conte d'ascenseur. ÉLP éditeur, 2015, 3,49 euros ou 4,99 $ : lien vers la page Web de l'ouvrage sur le site ÉLP éditeur.

Mise en ligne en 2015-12-03