2014-01-16

Cécile Chabot : Le DF (Nouvelles d'Amérique centrale)

Dans
un billet du 19 décembre 2013, Chris Simon recommande la lecture de six blogues littéraires tenus par des auteurs indépendants. Parmi ceux-là figure celui de Cécile Chabot, un auteur auto-publié qui diffuse une série de polars mayas intitulé Le cycle de Xhol. J'ai eu envie d'en savoir davantage sur cet écrivain et me suis procuré un texte d’elle sur la boutique Kindle d'Amazon: Le DF. Ce texte est le premier d'un recueil de nouvelles à paraître: Nouvelles de l'Amérique centrale.

DF pour Districto Federal : Un étudiant en archéologie en résidence au Mexique a du mal à poursuivre des études doctorales faute de ressources financières. Pour payer sa modeste chambre, il postule à gauche et à droite, tentant désespérément de trouver un poste d'assistant. Dans un cybercafé où il traîne, guettant les réponses sur sa messagerie, il rencontre un type qui lui fait une proposition. De l'argent facile qui lui permettra de terminer ses études... mais de quoi s'agit-il exactement ?

Honnêtement, j'ai été impressionné par la qualité d'écriture de ce texte. Cécile Chabot, avec un style bien maîtrisé, nous emmène là où elle veut. Du coup, dès que le temps me le permettra, je vais débuter Le cycle de Xhol.

À l'instar de Florian Rochat, de Chris Simon et de Laurent Bettouni, Cécile Chabot est la preuve vivante que des auteurs auto-publiés peuvent prendre place dans la Littérature et que l'éditeur, s'il a toujours sa raison d’être, peut être contourné quand cela s'avère nécessaire. N'oublions jamais que moins de 5% des manuscrits sont publiés... En dépit de tout ce qu’on raconte de négatif sur Amazon, il faut admettre que le géant américain permet à de nombreux auteurs de diffuser leurs œuvres. Je vous encourage à sortir des sentiers battus et à les découvrir. Vous verrez, certains d'entre eux vous surprendront. Si vous n’êtes pas détenteur de la liseuse Kindle, vous n’avez qu’à installer l’application Kindle d’Amazon sur votre tablette ou, au pire, sur votre ordinateur.

Cécile Chabot, Le DF, 2013, 1,05$ sur Amazon.ca

2014-01-09

André Gide : Isabelle

Ne me demandez pas pourquoi mais, en mes vertes années, j’ai toujours confondu deux ouvrages qu’on se plaisait à lire et à commenter autour de moi :
La condition humaine d’André Malraux et Les nourritures terrestres d’André Gide. Est-ce parce que les deux auteurs se prénommaient André ? Je ne sais pas… Ce que je sais, par contre, c’est qu’en ce temps-là je n’avais jamais lu l’un et l’autre de ces auteurs, alors que Sartre, Camus et Vian meublaient mon quotidien. De fait, je n’ai lu Malraux qu’en 2003 et, presque dix plus tard, je me suis enfin adonné à la lecture d’un roman d’André Gide… Honte à moi.

J’ai débuté par Isabelle, un petit roman qui m’a séduit dès les premières lignes. Le procédé d’écriture de Gide est ingénieux : c’est d’abord lui-même qui assume la narration du récit alors qu’il décrit une visite faite au domaine de Quartfourche, en Normandie, accompagné de deux amis : Francis Jammes (1868-1938) et Gérard Lacase. Si le premier est un poète et romancier qui a bel et bien existé, ce n’est pas le cas du second, personnage purement imaginaire auquel, dès le premier chapitre, Gide cède la narration.

Gérard Lacase, étudiant en Sorbonne, séjourne au château de Quartfourche pour prendre connaissance de documents inédits relatifs aux sermons de Bossuet, son sujet de thèse. Ces documents sont la propriété de monsieur Floche, son hôte au château, bien que le domaine appartienne aux Saint-Auréol, une famille noble sur le déclin. Outre les Floche et les Saint-Auréol vivent au domaine une domestique, un couple de jardiniers et Casimir, le petit-fils des Saint-Auréol, qui souffre d’une infirmité. Mais le tableau ne serait pas complet sans le précepteur de l’enfant, l’abbé Santal qui, malgré son statut d’ecclésiastique, n’est guère porté sur la compassion. La force d’André Gide, dans cet ensemble, est de nous plonger dans une ambiance feutrée qui, parfois, confine au malaise, voire à l’angoisse.

Un jour que Gérard se promène avec Casimir, il découvre, dans une dépendance abandonnée, un portrait de jeune femme. Il s’agit d’Isabelle de Saint-Auréol, la mère de Casimir. Vite fasciné par cette image, il va tenter de reconstituer l’histoire de cette absente dont personne ne parle au château, comme s’il s’agissait d’un sujet tabou. Il apprend qu’Isabelle vient parfois au château, la nuit, pour embrasser l’enfant. Animé par un amour naissant, il fera tout pour découvrir ce qui se cache dans cette maison jusqu’à ce qu’il soit confronté à une réalité qui, dois-je le rappeler, s’avère toujours moins « élevée » que les hauteurs de notre imagination…

Je regrette d’avoir attendu si longtemps pour découvrir l’immense écrivain que représente André Gide dans l’histoire de la littérature française. Isabelle est un petit roman d’environ 100 pages. Une bonne manière d’aborder l’œuvre. Alors, ne faites pas comme moi : n’attendez pas vingt ou trente ans avant d’en prendre connaissance.


André Gide. Isabelle. Ebooks libres et gratuits, c1911

Mise en ligne le : 2014-01-09