2014-12-24

André Gide : Les faux-monnayeurs

Comme je l'ai indiqué dans une note de lecture publiée sur ce site en janvier 2014, je n'ai connu André Gide que très tard dans ma vie. Et je le regrette parce que ses œuvres auraient pu nourrir mon imagination en mes vertes années. Cela dit, il n'est jamais trop tard pour découvrir cet écrivain majeur du XXe siècle. Après le petit roman Isabelle, que j'ai pratiquement lu d'une seule traite, j'ai laissé passer quelques mois, puis je me suis attaqué aux Faux-monnayeurs, un roman assez connu pour en avoir entendu parler par quelques amis au cours de mon adolescence.

Les faux-monnayeurs est une immense mise en abîme en ce qu'il raconte l'histoire d'un écrivain (Édouard) qui écrit un roman intitulé Les faux-monnayeurs... Cette fiction, qui n'a en quelque sorte ni commencement ni fin, peut en dérouter plusieurs. En effet, pour raconter son histoire, André Gide ne suit pas l'ordre linéaire habituel des romans de l'époque et, surtout, emprunte plusieurs procédés narratifs (journal intime, correspondance, récit omniscient, etc.). Cela donne à l'ensemble une sorte d'agrégat de styles qui se tiennent bien et qui, en fin de compte, suscitent l'intérêt du lecteur.

Le roman de Gide met en scène trois familles. La première est la famille Profitendieu dont le fils Bernard, après avoir fait une découverte troublante sur ses origines, quitte le cocon familial en laissant une lettre extrêmement dure à l’endroit son père. Bernard se réfugie alors chez Olivier, deuxième fils de la famille Molinier dont les frères cadet (Georges) et aîné (Vincent) joueront un rôle non négligeable dans le cours du récit. Puis il y a la famille Vedel-Azaïs qui comprend surtout des filles : Laura, Sarah et Rachel. Tout au long du récit les membres de ces trois familles seront en relation, tant chez les jeunes que chez les plus âgés.

Autour de ces familles gravitent deux personnages essentiels au déploiement de l’intrigue : Édouard, un écrivain, et Passavant, un autre écrivain, mais plutôt grand public et qui dispose de moyens financiers qui en irritent plusieurs. L'un et l'autre ne s’aiment pas, et cela transparaît tout au long du roman. Par ailleurs, l’un comme l’autre sont pédérastes, terme peu employé de nos jours qui désigne un homme qui aime les jeunes garçons. Malgré le caractère quasi pornographique de certains romans actuels, il est rare qu'on rencontre une telle liberté en littérature. Par exemple, quand Olivier se réfugie chez Édouard avec lequel il a manifestement passé la nuit, sa mère se présente au domicile de celui-ci. Contrairement à ce qu'on aurait pu penser, elle se montre plutôt indulgente, voire compréhensive, devant le fait accompli. Elle rassure même Édouard sur ses intentions : « Mon pauvre ami, n'attendez pas de moi des reproches. Je vous en ferais si vous ne l'aimiez pas... » Je vous rappelle qu'on est en 1925...

Les faux-monnayeurs est un roman singulier et qui, même au XXIe siècle, le demeure toujours. Bien entendu, André Gide ne fait pas dans le roman réaliste ni dans le roman social, de sorte qu'on ne sait à peu près rien de la situation économique des personnages, sauf que certains d'entre eux ont des problèmes financiers tandis que d'autres n'en ont pas. Seuls les pères de Bernard et d'Olivier ont des professions définies, avocats ou juristes, vaguement députés, mais Gide ne donne aucune indication sur la provenance des revenus d'Édouard, par exemple, ou de Passavant. Ce dernier est pourtant fort riche.

Les faux-monnayeurs se termine comme il a commencé : abruptement. En conclusion, dans son journal intime, Édouard énonce les grandes lignes de ce qu'il advient des destins des personnages et se réjouit de faire la connaissance d'un autre garçon...


André Gide. Les faux-monnayeurs, c1925

Mise en ligne le : 2014-12-25

2014-12-18

John LeCarré : Une amitié absolue

Edward Mundy, alias Teddy, est un vieil homme qui vit dans les quartiers d'immigrés de Munich. Dans l'anonymat le plus absolu, il partage son existence avec une jeune serveuse turque (Zara) et son fils Mustafa. Pour gagner sa vie, il est guide touristique dans un château érigé par Louis II de Bavière. Un jour, lors d'une visite, resurgit une image du passé : Sasha. Il partage avec celui-ci une existence vouée aux services secrets, lui pour le Royaume-Uni, l’autre pour l’Allemagne de l’Est. Depuis la chute du mur de Berlin et, par le fait même, de la fin de la Guerre froide, ils ne s’étaient plus revus. Et voilà que l’ancien ami, le compagnon de mai 68, celui avec lequel il a fait les quatre cents coups dans une Allemagne en proie à ses démons, lui propose de reprendre du service dans un projet financé par un obscur personnage. Une offre qui n’est pas sans risque mais que, en raison de cette amitié, il ne peut refuser, même s’il est rongé par le doute.

Je ne peux aller plus loin dans le résumé de cette histoire qui aurait pu tenir en 100 pages. Alors, pourquoi John Le Carré en a-t-il fait un gros bouquin de 400 pages? C’est justement ici que réside la différence entre un roman d’espionnage de série B et un grand roman. Cette différence qui confère à ce texte une profondeur inégalée dans le genre et qui nous entraîne vers un sommet émotionnel rarement atteint. Dans Une amitié absolue, Ted Mundy n’est pas qu’un espion anglais, c’est un être humain à part entière dont l’histoire nous est racontée en détail : son enfance à Murree, dans la province du Pendjab au Pakistan, son « exil » en Grande-Bretagne, sa jeunesse universitaire à Berlin, son poste peinard d’attaché culturel pour le British Office, son premier mariage avec Kate, une députée travailliste, jusqu’à son entrée dans le contre-espionnage britannique où il a retrouvé son ami Sasha, son colocataire à Berlin devenu agent double officiellement rattaché à la Stasi, police secrète de l’Allemagne de l’Est.

Une amitié absolue est le roman du XXIe siècle, le roman par excellence du désenchantement du monde, le roman qui a fait de nous des cyniques depuis le 11 septembre 2001, des individus qui ne croient plus ni en Dieu ni aux hommes, et qui n’espèrent plus rien du politique, même à des fins stratégiques. Une amitié absolue est un roman bouleversant qui doit être mis sans hésitation entre les mains des hommes et des femmes de ce temps.


John LeCarré. Une amitié absolue / traduit de l’anglais par Mimi et Isabelle Perrin. Seuil, 2004

Mise en ligne en 2014-12-18

2014-11-13

H. G. Wells : Au temps de la comète

J'ai lu la
Guerre des mondes alors que je n'avais pas encore du poil au menton. Ensuite, plus tard dans ma jeunesse, j'ai vu les adaptations cinématographiques de L'homme invisible et de La machine à remonter le temps. Toujours j’ai été fasciné par ces films qui doivent davantage à l’imagination délirante de l’auteur qu’à la justesse de la prospective scientifique du savant. Aussi, quand l’envie m’a pris de lire un nouveau Wells, je m'attendais à passer un moment de détente avec une bonne histoire associée au genre S-F. Mais ça ne s’est pas passé comme ça. Certes, le moment fut agréable, mais aussi fort déroutant car Wells, contrairement à Conan Doyle, pour ne nommer que celui-là, dresse un tableau percutant de la société occidentale au tournant du XXème siècle. En effet, le monde traverse une période fort sombre : en pleine crise de surproduction industrielle, il vit les deniers soubresauts du capitalisme sauvage pendant que se profile à l'horizon l'immense guerre à venir dont celle des Boers, avec ses milliers de victimes, constitue le prélude macabre.

Dans la première partie, intitulée La comète, Wells décrit la descente aux enfers de Williams Leadford, un adolescent exalté qui n’accepte pas le monde tel qu’il est, c’est-à-dire un monde d’une criante injustice pour les hommes et les femmes des classes laborieuses. Élevé par sa mère « dans une foi bizarre, archaïque et étroite, acceptant certaines formules religieuses, certaines règles de conduite, certaines conceptions de l’ordre social et politique, absolument sans rapport avec les réalités et les besoins de la vie quotidienne contemporaine », il professe des idées socialistes. Malgré les avis répétés de son ami Parload qui prédit une crise de surproduction susceptible d’appauvrir encore davantage les habitants de la région, il quitte son emploi en claquant la porte et se retrouve pratiquement à la rue. Dans ses nuits de veille, il constate l’avancée de la comète qui concurrence la lune par sa luminosité croissante. Parload prédit aussi qu’elle frappera bientôt la terre, mais il n’en a cure : ses préoccupations sont ailleurs, notamment vers Nettie, une jeune fille qu’il connaît depuis l’enfance et dont il est amoureux. Quand celle-ci quitte sa famille pour suivre Verrall, le fils d’un industriel local, il voit rouge, s’achète un revolver et se met à leur poursuite…

En cette première partie, fort enlevante, nous suivons les tribulations quasi tragiques du jeune Leadford jusqu’au moment où, alors qu’il s’apprête à commettre l’irréparable, survient le grand Changement au cours duquel un brouillard vert enrobe la terre de son aura. Alors le monde bascule dans une ère positive, une ère où les hommes sont « délivrés de leurs passions moins nobles, de la concupiscence vulgaire et animale, des pauvres éventualités, des imaginations grossières ». Pendant une centaine de pages, Wells décrit les effets du grand Changement sur la société occidentale. Des pages trop nombreuses, sans doute, pendant lesquelles le récit tombe à plat, atténuant forcément l’intérêt du lecteur contemporain.

En dépit de la seconde partie du récit pendant laquelle Wells livre un discours un peu mièvre, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire Au temps de la comète qui constitue un réquisitoire exceptionnel contre le capitalisme, la propriété privée et la guerre, les trois sources de l’appauvrissement des masses populaires à la fin du XIXème siècle. À mes yeux, il ne fait aucun doute que, pour Wells, le grand Changement provoqué par l’écrasement de la comète sur la terre représente l’avènement de la Raison, celle héritée des Lumières qui offre une portée universelle au sentiment religieux, abolissant du même coup la propriété individuelle, les conflits entre les nations et l’exploitation de l’homme par l’homme. Bref, avec la comète, un sentiment de paix souffle sur le monde tout en préservant le sentiment amoureux, car « de la passion d’aimer le Changement ne nous avais pas affranchis ».


Wells, H.G. Au temps de la comète. Feedbooks, c1905

Mise en ligne en 2014-11-13

2014-10-02

Paul Laurendeau : Se travestir, se dévoiler

Ce roman de Paul Laurendeau fait dans le désordre des
genres. Genre ici est employé dans le sens anglais du terme, ce qui en fait un anglicisme que les Québécois, en bon peuple qui pratique l’euphémisme à un niveau rarement atteint dans le monde, font grand usage, croyant naïvement atténuer la portée réelle des phénomènes en recourant à des mots plus « doux » pour en rendre compte. En français, il aurait fallu écrire, tout simplement, le « désordre des sexes », gender ayant ce sens-là dans notre langue car, en français, les genres masculin et féminin correspondent aux mots du langage, pas aux personnes. Pour ces dernières on parle de sexe : le sexe féminin ou le sexe masculin. Peu importe, voyons ce qu’il en est.

Marcel Dacier, un paumé qui vit d’expédients de toutes sortes, préfère de loin jouer les pique-assiettes que se lever de bon matin pour aller gagner sa vie par un travail rémunérateur. Un jour qu’il fait de l’auto-stop en espérant se rendre dans l’ouest du pays, il se retrouve près d’un motel abandonné de la lointaine banlieue de Toronto. Alors qu’il cherche un coin pour passer la nuit, il est témoin d’un accident aussi bête que tragique: un homme, au volant d’une voiture de luxe, fait une sortie de route et échoue dans un fossé. En s’approchant du lieu du sinistre pour lui porter secours, Marcel Dacier se rend compte que l’homme est mort sur le coup. En l’examinant de plus près, il constate avec stupéfaction qu’il s’agit d’un sosie parfaitement identique. Après un moment de réflexion, il fait disparaître le corps non sans avoir endossé les vêtements chics du malheureux et tout ce qui vient avec : portefeuilles, montre, téléphone mobile, etc.

Marcel Dacier devient Simon Baume, fils de Selena, mère incestueuse, et époux de Dominique Lockhart, fille unique d’un riche parfumeur de la région prénommé Hector III. Simulant l’amnésie totale, Simon prend peu à peu place dans cette famille désaxée de Milton, petite ville ontarienne sise non loin de Toronto.

Dans la première partie du roman – Se travestir –, dans un style qui n’hésite pas à puiser dans toutes les richesses de la langue française, Paul Laurendeau nous raconte la nouvelle vie de Marcel, dans la peau de Simon Baume, où le désordre sexuel, le chantage, l’intérêt et la drogue font bon ménage. Outre ces personnages assez typiques des familles bourgeoises du 20e siècle, nous retrouvons avec plaisir Lindsay Abigaïl Griffith, cinéphile et cynophile, que les lecteurs de la rubrique cinéma du blogue Écrire Lire Penser connaissent bien. C’est d’ailleurs celle-ci qui, la première, aura des soupçons sur l’identité réelle du nouveau Simon Baume, héros fort sympathique depuis qu’il est amnésique…

Dans la seconde partie du roman – Se dévoiler –, Paul Laurendeau témoigne de la lente déconstruction, chapitre après chapitre, du travestissement de Marcel Dacier en Simon Baume. Mais le roman connaîtra une fin heureuse, ne vous en faites pas.

Quelle peut bien être la morale de Paul Laurendeau dans cette histoire où les relations sexuelles – tant incestueuses qu’hétéro ou homo sexuelles – témoignent de relations humaines basées sur le pouvoir que procurent l’argent et le nom et dans laquelle fourmillent intrigues et rebondissements de toutes sortes ? Peut-être celle-ci : l’amour pur, l’amour vraiment pur, ne s’apparente pas à l’amour platonique, c’est-à-dire à l’amour asexué, bien qu’il n’a que faire du sexe de l’autre. Non, l’amour pur a pour objet un être humain qui, peu importe son genre, mérite d’être pleinement aimé – avec son corps et son esprit. Autrement dit, quand nous aimons vraiment quelqu’un, on n’a rien à foutre d’être homo ou hétéro. À vous de voir si cette morale vous convient mais, pour cela, il vous faudra d’abord lire ce roman, ce que vous ne regretterez pas.

Paul Laurendeau, Se travestir, se dévoiler. ÉLP éditeur, 2011, 4,99 euros ou 6,49 $. Disponible sur toutes les plateformes et, sans DRM, à la librairie 7Switch.

Mise en ligne le 2014-10-02

2014-09-18

George Orwell : La ferme des animaux

Je connaissais depuis longtemps la célèbre maxime de l’auteur de 1984 – « Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres » –, mais je n’avais encore jamais lu le roman d’où elle était tirée:
La ferme des animaux, traduit autrefois par La République des animaux. Il s’agit d’un petit roman, pour ne pas dire un conte, de moins de 150 pages qui se lit d’une seule traite. Autrement dit: c’est passionnant.

C’est passionnant parce que, en un nombre restreint de pages, George Orwell résume l’histoire de la première moitié du vingtième siècle. Dans les faits, il résume l’histoire de la Russie soviétique, de la Révolution bolchévique de 1917 à la Guerre froide en passant par le Pacte germano-soviétique de la Deuxième guerre mondiale. Il résume l’histoire de la foi révolutionnaire qui animait les ouvriers et paysans, victimes du capitalisme sauvage. L’histoire de l’idéologie révolutionnaire aussi, de la bévue de ceux qui croyaient que la Révolution ne tiendrait pas deux ans. Enfin, il raconte les grandes trahisons: le travestissement de la figure légendaire de Lénine, le bannissement de Trotski et l’usurpation du pouvoir par Staline, chef suprême à vie du nouveau régime.

Tout cela, bien entendu, est une question d’interprétation car, dans La Ferme des animaux, ce sont les quadrupèdes qui chassent l’homme tyrannique de la ferme pour en assumer la gestion collective. Au début, l’animalisme – la théorie révolutionnaire véhiculée par les cochons, avant-gardes éclairés de la Révolution – assure la cohésion de la collectivité. Mais petit à petit les porcs prennent la direction des opérations de la ferme. Avec l’aide des chiens, ils bannissent Boule de Neige, le rival de Napoléon qui devient alors président « permanent » de la communauté. Commence alors le travestissement par l’idéologie des principes de départ. À la fin, les animaux vivent sous la domination des cochons, secondés par les chiens. Ils ont oublié leur vie d’antan et, tout en souffrant comme jamais, s’estiment tout de même heureux de s’être libéré de la tutelle des humains.

On sait que George Orwell a dénoncé la montée du totalitarisme du bloc communiste. L’a-t-il fait au profit du capitalisme occidental ? Je crois que non. Témoin de son temps, il a vu des pays comme l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne sombrer dans le même mal. Le personnage de Benjamin, l’âne cynique de La Ferme des animaux, donne à penser qu’au fond Orwell était animé par un profond pessimisme. En témoigne ce passage: « Seul le vieux Benjamin affirmait se rappeler sa longue vie dans le menu détail, et ainsi savoir que les choses n’avaient jamais été, ni ne pourraient jamais être bien meilleures ou bien pires – la faim, les épreuves et les déboires, telle était, à l’en croire, la loi inaltérable de la vie » (p. 139-140). Et la dernière phrase du roman confirme cet état des choses: « Dehors, les yeux des animaux allaient du cochon à l’homme et de l’homme au cochon, et de nouveau du cochon à l’homme ; mais déjà il était impossible de distinguer l’un de l’autre » (p. 151).

Morale du conte de George Orwell: ne perdez pas votre temps à faire de la politique car rien ne peut vraiment changer chez les êtres humains.

George Orwell est le pseudonyme d’Éric Blair, un Anglais né en Inde en 1903. À l’instar de Lawrence Durrell, il vit dans différentes colonies britanniques avant de s’installer en France en 1936, de sorte qu’il n’a pour ainsi dire jamais vécu en Angleterre. 1984, publié chez Gallimard, est de loin son roman le plus célèbre, mais La Ferme des animaux, publié la première fois en 1945 – cinq ans avant que George Orwell ne s’éteigne à l’âge de 47 ans, en 1950 – le suit de très près.

On peut trouver le petit roman d’Orwell en édition de poche, bien entendu. Mais il est également disponible en version numérique et ce, à titre gratuit, sur le site d’Ebooks libres & gratuits. Pour y accéder, cliquer sur ce lien.

Même si vous êtes nés après 1970 et que, en conséquence, vous n’êtes pas familiers avec l’idéologie « révolutionnaire » dont les représentants hantaient les couloirs des établissements d’enseignement dans les années soixante, il faut lire La Ferme des animaux car, sous la forme d’une parodie, d’un conte moral pour enfants, George Orwell met en lumière le penchant naturel de tout homme tenté par la politique: l’appétit pour le pouvoir qui, dans certains cas, conduit au totalitarisme.


Orwell, George. La ferme des animaux, c1945.

2010, mise à jour en 2014-09-18

2014-08-28

Arthur Conan Doyle : La ceinture empoisonnée


Arthur Conan Doyle est universellement connu pour ses romans policiers qui mettent en scène le personnage de Sherlock Holmes. Mais que sait-on de ses autres romans, notamment de ses romans historiques, de loin ses préférés, et, surtout, de ses romans fantastiques? Moi, en tout cas, je n'en savais pas grand-chose jusqu'à ce que je découvre les récits, mi-S.-F., mi-fantastique, qui ont pour héros le professeur Challenger. Parmi ces romans, j'ai été particulièrement impressionné par
La ceinture empoisonnée, œuvre libre de droit publiée en 1913.

Tout part d’une lettre ouverte que le professeur Challenger fait paraître dans le Times de Londres. En réponse à un astronome qu’il traite d’imbécile, Challenger énonce l’idée que le spectre des planètes, tel qu’il se présente en ce moment, annonce un événement qui menace l’existence des hommes et des femmes sur cette terre. Pour en savoir davantage, Malone, un jeune journaliste du Daily Gazette et ami du professeur, se propose de lui rendre visite en compagnie de deux vieux amis. Ensemble, ils prennent le train avec, chacun en main, une bouteille d’oxygène. Cette demande, jugée saugrenue, leur a été faite par le professeur lui-même avant leur départ. Mais voilà qu’une fois dans la maison de campagne de leur ami, des événements étranges se produisent autour d’eux, confirmant la théorie du professeur selon laquelle une ceinture d’éther serait en voie d’empoisonner les habitants de la planète. Grâce à l’oxygène, les quatre amis disposent d’une vingtaine d’heures de plus, ce qui leur permettent de discourir sur les événements. Comme l’écrit le jeune Malone dans son récit : « Pour quelques heures, la science et la prévoyance d’un homme préservaient notre petite oasis de vie dans cet immense désert de la mort, nous évitaient de participer à la catastrophe générale ». Ces quatre hommes, donc, tapis dans une pièce en respirant de l’oxygène en bouteille, attendent patiemment la fin du monde… Mais cette fin du monde annoncée ne s’avère que de courte durée, en fait… ce qui n’empêche pas le savant et ses amis d’anticiper la disparation de toute trace humaine sur la planète Terre.

Ce qui m’a passionné dans ce roman, que d’aucuns qualifient de « populaires », c’est qu’il recèle une grande leçon d’humanisme. En effet, Conan Doyle ramène tout à l’homme, non à son Dieu et, ce faisant, nous sert une leçon magistrale d’humilité : « L’étroit sentier sur lequel est engagée notre existence physique se trouve bordé d’abîmes insondables ». Par ailleurs, dans La ceinture empoisonnée, Doyle aborde le phénomène de la mort avec une lucidité remarquable :

« La mort a été suspendue au-dessus de nos têtes. Nous savons qu’à tout moment elle peut revenir. Sa présence lugubre assombrit nos existences ; mais qui peut nier que sous cette ombre le sens du devoir, le sentiment de la responsabilité, une juste appréciation de la gravité de la vie et des fins, l’ardent désir de nous développer et de progresser se sont accrus, et que nous avons fait entrer toutes ces considérations dans nos réalités quotidiennes au point que notre société en est transformé du tout au tout ? Par-delà les sectarismes, par-delà les dogmes, quelque chose existe : disons un changement de perspectives, une modification de notre échelle des proportions, la compréhension de notre insuffisance et de notre fragilité, la certitude formelle que nous existons par tolérance, que notre vie est suspendue au premier vent un peu froid qui souffle de l’inconnu. Mais de ce que le monde est devenu plus grave, il ne s’ensuit pas, selon moi, qu’il soit devenu plus triste. Sûrement, nous convenons que les plaisirs sobres et modérés du présent sont plus profonds et plus sages que les folles bousculades bruyantes qui passaient si souvent pour la joie dans les temps d’autrefois – ces temps si proches et pourtant si inconcevables aujourd’hui ! Les existences, dont on gaspillait le vide dans les visites qu’on recevait et qu’on rendait, dans le vain entretien fastidieux des grandes maisons, dans la préparation de repas compliqués et pénibles, ont maintenant trouvé à se remplir sainement dans la lecture, la musique, et la douce communion de toute une famille. Des plaisirs plus vifs et une santé plus florissante les ont rendues plus riches qu’auparavant, même après qu’aient été acquittées ces contributions accrues au fonds commun qui a ainsi élevé le standard de vie dans les îles Britanniques. »

Comme on l’aura déjà compris, Arthur Conan Doyle nous invite à revoir notre mode de vie en fonction de notre finitude – cette mort qui peut se manifester à n’importe quel moment de notre existence. S’en remettre à Dieu relève ainsi d’un sentiment de vanité fort éloigné de l’esprit scientifique de l’honnête citoyen.

Je vous invite à (re)lire La ceinture empoisonnée de Sir Arthur Conan Doyle, ne serait-ce que pour redécouvrir ce scientifique qui, pour des raisons qui lui sont propres, a pris la décision de raconter des histoires.

Arthur Conan Doyle. La ceinture empoisonnée (The Poison Belt). Ebooks libres et gratuits, c1913, 2008.

Mise en ligne le 2014-08-28

2014-08-14

Germano Dalcielo : Le disciple oublié

Depuis le succès international du Da Vinci Code de Dan Brown, les thrillers mystico-religieux ont la cote. Il s’en publie beaucoup, tant chez éditeurs numériques que les éditeurs papier. En un temps où les églises officielles peinent à rassembler des fidèles, cet engouement pour cette littérature s’avère plutôt singulier. Mais peut-être pas tant que ça, au fond ; les gens ont toujours été fascinés par ces prophètes qui souhaitent nous révéler des « choses cachées depuis la création du monde » (Mathieu 13, 35). Généralement, les romans comme ceux de Brown mettent en scène des personnages qui s'opposent, justement, à ce que ces choses soient révélées afin de préserver l'ordre, l'équilibre grâce auquel fonctionne, tant bien que mal, le monde réel. Souvent ces personnages sont prêts à tuer pour éviter le trouble social susceptible d'être causé par ces révélations. Bien entendu, dans la plupart de ces romans, l’Église catholique romaine apparaît comme le lieu du conservatisme religieux, le gardien de l’ordre sacré, sans qu’elle soit nécessairement le commanditaire direct des assassinats perpétrés.

Le roman de Germanon Dalcielo est de cet ordre. Pour ne pas nuire sa diffusion et par respect pour l'auteur, je ne peux identifier le secret que contient cet Évangile d’Ischirion... mais, je vous prie de me croire, au XXIe siècle, je doute sérieusement qu'on tue des gens pour ça. Le disciple oublié se laisse lire. À une exception près (trop de chapitres pour décrire la fuite de Frère Remondino de la maison du gardien où il est séquestré), il est bien structuré et, de manière générale, fort bien écrit. Puisqu'il est disponible à moins de trois dollars sur la boutique Kindle d'Amazon Canada, alors pourquoi s'en priver ? Par ailleurs, ce roman est construit de manière fort originale, en alternance entre le XVIe siècle et le nôtre. En effet, une bonne partie du récit se déroule au début du XVIe siècle alors que le pape Léon X, aux prises avec la maladie, prend la décision de révéler aux croyants la confession d’Ischirion, le fameux disciple de Jésus. Léon X, rappelons-le, n’est nul autre que Jean de Médicis, le membre d’une famille assez peu connue pour ces états d’âme. Cela finira mal pour lui, tout comme cela finira mal pour tous ceux qui ont pris connaissance du manuscrit. Voilà, je ne vous en dis pas plus.

Je vous encourage le lire ce roman, malgré ses imperfections. Après tout, pourquoi faudrait-il lire que des romans formatés pour le succès populaire ? Je viens de tenter de lire un thriller de Guillaume Musso, un auteur de best-sellers. Mais je n’ai pu le terminer tellement le récit était truffé d’invraisemblances, comme cette policière parisienne qui, sans papier à New York, pénètre comme dans un moulin dans les locaux de la CIA… Personnellement, j'aime lire des romans imparfaits, des romans qui comportent des erreurs, des vices. Sans doute est-ce l'éditeur en moi qui s’exprime en cet instant…


Germano Dalcielo. Le disciple oublié (L'ombre de Jésus). Kindle Edition, 2014, 2,99$

Mise en ligne le 2014-08-14

2014-07-10

Thierry Crouzet : L'Édition interdite

Cet ouvrage aborde la question des conséquences politiques du passage au numérique dans l’édition. Il ne constitue pas nécessairement une sortie en règle contre l’édition « traditionnelle », même s’il en est beaucoup question dans cet essai. Dans
L’édition interdite, Thierry Crouzet adopte une approche originale pour traiter essentiellement de l’usage social de la lecture, plus précisément de la lecture numérique. Originale parce que, tout en exposant ses arguments, Crouzet fait appel à quatre stimulateurs qui les commentent, allant parfois jusqu’à contredire l’auteur lui-même. Cette démarche, qu’on pourrait qualifier de dialectique, s’avère très efficace dans le développement des idées de Thierry Crouzet qui, en l’adoptant, démontre une grande honnêteté intellectuelle.

Thierry Crouzet se définit comme un « connecteur », un terme qui représente grosso modo la version culturelle de l’anarchiste, tendance Chomsky, à l’heure numérique. Pour lui, l’individu contemporain est aux prises avec deux morales : la morale transcendante, imposée par les structures de domination (comme l’État, par exemple), et la morale émergente, celle que se forgent les individus au quotidien. L’éditeur, on l’aura compris, est associé à une structure de domination. Ce n’est pas lui qui détermine la valeur d’un texte, mais l’usage social qu’on en fait.

Crouzet établit une nette différence entre publier et éditer. Il est bien de publier, voire de s’auto-publier (comme sur les blogues, par exemple), mais il vaut encore mieux se faire éditer, car l’édition résulte d’un travail collectif de relecture et de révision. À cet égard, Thierry Crouzet décrit avec beaucoup de justesse et, surtout, beaucoup d’honnêteté, le désarroi de l’auteur qui se voit refuser son manuscrit par des éditeurs conformistes (la majorité d’entre eux, en fait) alors que, comme tout le monde, il constate qu’on publie n’importe quoi… En tant qu’auteur et éditeur, je ne peux que partager son point de vue et, par le fait même, vous encourager à lire cet essai fort stimulant.


Thierry Crouzet. L’édition interdite. Thaulk, c2011. Disponible sur toutes les plateformes et, sans DRM, à la librairie 7Switch.

2012, mise à jour le : 2014-07-10

2014-07-04

Thomas de Quincey : Les derniers jours d’Emmanuel Kant

C’est en voulant aider mon fils qui devait, en deuxième année de collège, rédiger un texte sur la conception kantienne de la liberté, que j’ai découvert par hasard ce roman dont, malgré son statut de « classique », je n’avais jamais entendu parler jusqu’à maintenant. Le Web a ceci de bon qu’il nous dirige souvent là où on ne souhaitait pas se rendre au départ, ce qui a le mérite d’aiguiser la curiosité intellectuelle de ceux qui en ont une. Aussi étais-je à la recherche d’un commentaire sur la liberté chez Kant qu’un internaute généreux aurait pu mettre en ligne quand je suis tombé sur cette œuvre de Thomas de Quincey, un écrivain anglais mieux connu pour son penchant pour l’opium que pour ses qualités de littérateur. J’en ai commencé la lecture sur-le-champ et, mal m’en a pris car, au lieu de donner le coup de main que fiston attendait de moi, j’ai passé les deux heures suivantes à lire le récit de Quincey…

Une fois la lecture achevée, je me suis demandé pourquoi cet écrivain avait écrit un roman comme ça, une fausse biographie – plus vraie que nature, toutefois – qui dépeint l’agonie d’un homme au sujet duquel il aurait dit que « jamais l’intelligence humaine ne s’éleva au point qu’elle atteignit en Emmanuel Kant ». Marcel Schwob, l’auteur de la préface et traducteur de l’œuvre, prétend que de Quincey prenait plaisir à déprécier l’idéal des grands hommes qu’il admirait. Il aurait fait la même chose à Coleridge et à Wordworth, des poètes qu’il vénérait et dont il aurait décrit certains travers… Peu importe, Les derniers jours d’Emmanuel Kant est un roman passionnant qui nous renvoie à notre propre agonie, à notre mort annoncée. Et c’est ça qui fait froid dans le dos dans ce récit… Est-ce ainsi que nous allons tous mourir, en perdant peu à peu notre humanité, notre dignité, jusqu’à ce que nous quittions ce monde au grand soulagement de nos proches qui n’en pourront plus d’être les témoins de notre déchéance physique et mentale ? À moins que nous succombions à nos blessures lors d’un accident quelconque ou que nous décidions nous-mêmes du moment où il conviendrait de mettre fin à nos jours, je ne vois pas d’autres alternatives à ce destin commun aux hommes et aux femmes, peu importe qu’ils aient été artistes, savants ou vagabonds de leur vivant.

Les derniers jours d’Emmanuel Kant ne nous apprend rien sur la philosophie de l’auteur de la Critique de la raison pure. Par contre, il constitue une leçon magistrale sur ce qui attend chacun de nous : la mort et, surtout, l’agonie qui la précède. Est-ce utile de savoir ça ? À ceux qui ont pris conscience de leur finitude, cela peut remettre les choses à leur juste place… Aux autres, il vaut mieux continuer à faire comme si… et lire autre chose !


Thomas de Quincey. Les derniers jours d’Emmanuel Kant / traduit de l’anglais par Marcel Schwob. Feedbooks, c1827.

Mise en ligne le : 2014-07-04

2014-06-12

Cécile Chabot : Le secret du masque de jade (Cycle de Xhol 2)

Dans ma critique du
Marchand de la mort précédemment mise en ligne sur mon blogue personnel, j'ai expliqué la genèse du Cycle de Xhol : des romans policiers historiques dont les intrigues ont pour décor la civilisation Maya à l'âge classique, soit entre les VIe et Xe siècles après Jésus-Christ. Pour situer dans le contexte de l'œuvre en cours, je vous invite à en faire la lecture.

Dans Le secret du masque de jade (2013), deuxième volet du Cycle de Xhol, l'Ajaw de Dos Pilas et sa suite se déplacent vers la cité maya de Calakmul, cité-État sise dans la péninsule du Yucatan (Mexique), à trente-cinq kilomètres au nord de la frontière du Guatemala. Le lecteur se retrouve trois ans après les tragiques événements que raconte Cécile Chabot dans Le Marchand de la mort. Sauf qu'ici il ne s'agit pas d'un marchand, mais d'un artisan qui suscite d'ailleurs l'admiration de Xhol, toujours aussi ambivalent quant à son avenir. Va-t-il accéder à la prêtrise, comme le souhaite Treize Jaguar, grand prêtre de Dos Pilas, ou se consacrer à la sculpture ? Le lecteur l'apprendra à la toute fin du roman. Peu importe, reprenons… L'artisan a conçu un masque magnifique pour son Ajaw, le seigneur Yuknoom, mais voici que le masque est volé, ce qui provoque tout un émoi dans la collectivité. Et ce vol tourne au drame quand l'artisan lui-même, maître Chen, est trouvé mort par Xhol et Un chasseur.

Compte tenu de la nature même de ce roman (un polar historique, certes, mais un polar quand même), vous comprendrez que je ne peux raconter l'intrigue contenue dans ce roman qui se déroule au VIIe siècle avant Jésus-Christ dans une civilisation peu connue, peu documentée à tout le moins. Mentionnons toutefois que, contrairement au Marchand de la mort, Xhol, ce fin observateur, ne joue pas un rôle clé dans le développement de l'intrigue. C'est le second fils de l'Ajaw de Dos Pilas, Itzaamnaaj, qui, du haut de ses neuf ans, est projeté à l'avant-scène. J'ai eu un moment de doute sur la capacité d'un aussi jeune enfant à raisonner ainsi... mais, après tout, il s'agit du fils du roi, alors... pourquoi pas ? Quoiqu’il en soit, on se laisse rapidement emporter par l’intrigue qui atteindra son point culminant alors que le jeune garçon est enlevé, ce qui permettra à Xhol et à son compagnon Un Chasseur de résoudre l'affaire avec brio.

Le secret du masque de Jade, tout comme Le Marchand de la mort, m'a plu. Sans doute parce que j'étais heureux de retrouver les personnages, les faits et les gestes de cette civilisation. J’étais heureux aussi de retrouver la belle écriture de l'auteure dont j’apprécie le style. D'ailleurs, sur Twitter, Cécile Chabot s'est étonnée que je trouve son écriture belle. Elle a écrit: « L’écriture belle ? Curieux pour moi car j’essaye de ne PAS faire de style, de laisser toute la place à l’histoire. » Réplique amusante car, à mon humble point de vue, il s'avère impossible d'écrire sans style. On a un style lourd, plat, didactique, mais, quoi qu'on fasse, on a toujours un style. Mais rassurez-vous, celui de Cécile Chabot est fluide, transparent et, donc, parfaitement maîtrisé.

Je vous invite à découvrir Le secret du masque de jade, le second volet du Le Cycle de Xhol, cette série de romans qui font appel autant à notre sensibilité qu’à notre intelligence.


Chabot, Cécile. Le secret du masque de jade (Le cycle de Xhol 2). Kindle Édition, 2013.

Mise en ligne le : 2014-06-12

2014-05-08

Aline Jeannet: Impuissant vs Insoumis

Je viens de lire
Impuissant vs Insoumis d'Aline Jeannet, un roman sombre qui ne laissera personne indifférent. D'un style alerte, vif, entrecoupé de phrases d'une beauté à couper le souffle, Aline Jeannet raconte le destin possible – mais fort improbable, espérons-le – de l'humanité. Tentons ici un résumé succinct de cette œuvre inclassable.

Le tout commence par Beatrix, une jeune traductrice qui travaille de nuit, chez elle. Depuis quelque temps, elle est intriguée par son voisin d’au-dessus, un drôle de gars qu’elle croise parfois dans l’escalier et qui dégage une forte odeur d’essence. Une nuit, alors qu’elle n’arrive pas à travailler, elle l’entend faire du bruit, comme s'il transportait des meubles. Alors, énervée par ce tapage nocturne, elle se décide à monter. Au bout de l’escalier, la porte est entrouverte et elle entre sans crier gare. Là, un type maculé de sang lui offre un café. Contre toute attente, elle accepte en s’assoyant sur un canapé derrière duquel gisent des corps démembrés. Puis, après une conversation, elle accepte de le suivre, aidant J. Stern (c'est le nom du gars) à transporter des jerricans de sang... Ils se rendent à la gare, prennent un train de banlieue et descendent dans une station à la périphérie de la ville. Une fois sur place, ils prennent un ascenseur jusqu’au 42e sous-sol, là où vit un monde insoupçonné…

Impuissant vs Insoumis est un roman glauque qui vous prend à la gorge dès les premières lignes. Et dès qu’on en commence la lecture, on ne peut plus s’arrêter, ressentant une sorte de malaise, comme si nous n’étions pas à notre place dans ce roman au genre non défini – est-ce un roman policier ? Un roman de science-fiction ? Du fantastique ? Peu importe… car, en poursuivant votre lecture, vous aurez cette idée lumineuse: « L'idée que, pour une fois, ne pas être à sa place, ça pourrait avoir du bon ».

Aline Jeannet vit à Genève, exerce le métier de documentaliste et n’aime pas perdre son temps. Elle a collaboré au site Web écouter lire penser sur lequel elle a publié plusieurs nouvelles. Pour la connaître davantage, je vous invite à lire sa fiche d’auteur sur ÉLP éditeur.


Aline Jeannet. Impuissant vs Insoumis. Montréal, ÉLP éditeur, 2010, 3,49 euros. Disponible sur toutes les plateformes et, sans DRM, à la librairie Immatériel.

Mise en ligne le : 2014-05-08

2014-04-29

Pierre Pelot : Kid Jésus

Nous sommes quelque part au XXIIIe siècle dans un monde dévasté. Les hommes ont la mémoire tronqué, ayant perdu le fil qui les rattachait à la connaissance humaine accumulée depuis des siècles avant que ne survienne le cataclysme qui a projeté le monde dans le Chaos. Selon un discours véhiculé dans les chaumières, pendant ce grand tumulte, des hommes favorisés par la naissance et la richesse auraient quitté la Terre désolée pour une autre planète, aidés en cela par des extra-terrestres. C'est ce que d’aucuns appellent les Grandes Migrations. Mais il s'agit d'une hypothèse que ne partagent pas nécessairement les hommes de pouvoir pour lequel la réalité serait plutôt d'un autre ordre: le Chaos auraient provoqué des guerres incessantes entre les collectivités humaines, des guerres d'une intensité telle que les trois quarts de l'humanité aurait péri... Quand on pense aux prédictions des écologistes pour lesquels le monde actuel ne survivra pas au prochain siècle, il y a de quoi frissonner... Pourtant,
Kid Jésus a été publié pour la première fois en 1980. Cela ne date pas d’hier, donc...

Mais revenons au roman de Pierre Pelot. Sur la Terre, les humains se débrouillent comme ils peuvent, dirigés par le Conseil confédéral planétaire. Dans les faits, la loi du plus fort prédomine et la vie est dure. Pour trouver des ressources enfouies après le Chaos, on a délimité de grandes zones interdites au peuplement : les Territoires de fouille. Dans ces zones inhospitalières, quasi contaminées, des hommes fouillent le sol, espérant trouver des vestiges de l'ancien monde - des documents, des objets utilitaires, des ressources énergétiques, etc. - qu'ils revendent aux autorités des territoires civilisés. Quand un territoire de fouille est épuisé, quand il a rendu tout ce qu’il avait à rendre, il est ouvert à la colonisation.

Le Territoire F est l'une de ces zones. C'est là que vit le jeune Julius Port, alias Kid, dans son Trax, une sorte de véhicule utilitaire. À l'instar de deux ou trois autres fouilleurs, il recherche des artéfacts. Un jour, un jeune homme arrive en trombe, surgissant de nulle part. Les fouilleurs, craignant pour leur vie, lui tirent dessus et son véhicule - un vieux trucs d'un autre âge, explose. Alano Teeshnik en sort et est recueilli par Kid qui, en lui amputant la main, lui sauve la vie en quelque sorte. Fuyant les bas quartiers d'une ville frontalière dans laquelle il aurait commis des méfaits, Alano ne reviendra plus jamais chez lui ; il passera sa vie aux côtés de Kid, assumant plus ou moins le rôle de son garde du corps.

Entretemps, après avoir écouté une cassette recueillie lors d'une fouille - une fiction racontant la vie de Jésus, sans doute -, Kid se fait appeler Kid Jésus. Il s’ouvre à Alano d’un projet... mais se laisse prendre au jeu de la révélation et commence répandre la « bonne nouvelle » auprès des fouilleurs, puis aux laissés pour compte des villes frontalières. Cette bonne nouvelle consiste en ce message: si nous adoptons un comportement digne d'un être humain (amour, partage, solidarité), les Migrants reviendront nous chercher pour nous emmener sur la Nouvelle Terre, cette planète lointaine qui rappelle le paradis des Chrétiens... Comme on peut s'en douter, ce message passe mal auprès des autorités et le récit de Pelot, soudain, se complexifie sans qu'on n'en perde le fil, toutefois. Mais je m'arrête ici, histoire de ne pas vous ôter l'intérêt pour la lecture de ce roman qui, malgré quelques points flous - comme l'identité exacte de Dyran O'Quien, ce journaliste qui enquête sur Kid pour écrire sa biographie -, mérite le détour. En effet, je me suis amusé à lire ce roman qui, comme tous les romans de science et fiction qui envisagent le monde après sa chute (écologique, sans doute... car les hommes et les femmes ne peuvent raisonnablement se multiplier sans que cela entraîne des conséquences désastreuses pour leur environnement et leur sécurité alimentaire), a quelque chose de terrifiant... même si Pierre Pelot ne manque pas d’humour et d’imagination : cette allégorie avec Jésus de Nazareth s’avère une heureuse trouvaille.

De Pierre Pelot, je ne connais que peu de choses et je vous encourage à consulter l’article sommaire que lui consacre les auteurs de Wikipédia. Pour ma part, je me souviens seulement que mon ami Pierre Rivet a lu ses romans western dans sa jeunesse et qu’il en garde un souvenir impérissable. Cela suffit à me le rendre sympathique.


Pierre Pelot. Kid Jésus. Bragelonne, c1980, 2008.

Mise en ligne le : 2014-04-29

2014-04-24

Laurent Margantin: Aux îles Kerguelen

Les îles Kerguelen constituent un archipel situé dans le sud de l'océan Indien. Possessions françaises intégrées à l'ensemble des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), ces îles ne sont habitées que par une centaine d'individus dont plusieurs scientifiques qui y effectuent, à tour de rôle, des missions. Elles reçoivent parfois des touristes qui sont autorisées à prendre en rafale des photographies des éléphants de mer, manchots, otaries, pétrels et albatros qui vivent en grand nombre dans cet archipel. Pour le reste, les Kerguelen sont balayées en permanence par de grands vents et, sans être glaciales, s'avèrent assez peu hospitalières.

Contrairement aux touristes habituels, Laurent Margantin s'y rend, lui, pour se retrouver lui-même avec le texte, c'est-à-dire avec la littérature (il lit Dostoïevski, Toltoï, Kafka et même quelques Maigret...). Comme on peut s'en douter, il devient rapidement l'objet des moqueries des gens de passage qui comprennent mal qu'on puisse faire dix jours de bateau pour simplement s'adonner à la lecture... Mais Laurent Margantin s’en fout. Il est venu aux Kerguelen pour s'imprégner d'une vie autre que la sienne en la confrontant au texte et, ce faisant, à sa propre vie. Autrement dit, il est venu vivre aux Kerguelen, et non simplement s'y déplacer, comme le font certains touristes, pour prendre frénétiquement des milliers de photographies d'animaux que l'on retrouve en pagaille, et en bien meilleures qualités, dans les bouquins et sur Internet. Au fond, Laurent Margantin ne voyage pas, il va vivre ailleurs. Et c'est sans doute pour cela qu'il parvient à partager ce vécu dans ces îles qu'il fait revivre en nous grâce à sa plume parfaitement maîtrisée. Avec la seule puissance des mots (il n'y a aucune photographie dans cet ouvrage), il réussit le tour de force de nous faire sentir l'ambiance qui règne à Port-aux-Français, ce milieu composé de cette hiérarchie semi-coloniale à la française avec ses scientifiques, ses militaires, son "gouverneur", ses ouvriers mal payés venus de la Réunion, etc., ce milieu que j'ai tellement connu quand moi-même je vivais aux îles Comores à une époque où la France exerçait encore une influence déterminante sur les destinées de ce petit pays de l'océan Indien.

Laurent Margantin fuit d’ailleurs souvent ce milieu où le sport local consiste à casser du sucre sur le dos des uns et des autres. Même si cela nuit à la progression de ses lectures, il n’hésite pas à parcourir l’archipel et, à cette occasion, nous livre des observations fort pertinentes sur la faune de Kerguelen. À titre d’exemple, penchons-nous sur cet animal grotesque que représente l’éléphant de mer : « L'attraction sonore ici, qu'il pleuve ou qu'il vente (à vrai dire l'un ne va pas sans l'autre), c'est le beuglement des éléphants de mer. Je sais qu'on parle de chant, mais c'est un chant un peu spécial, qui terrifie quand on se réveille en pleine nuit et qu'on ne sait plus où on est. Ce sont des ronflements, des soufflements, des raclements, des grognements, des gargouillis de gorge, des sons rauques à répétition […] Ça n'arrête pas jour et nuit, la nuit on dirait qu'ils s'en donnent à cœur joie, et je me demande même si la pluie et le vent assez forts ces jours-ci ne les mettent pas un peu plus en joie, ne les stimulent pas. » Et encore : « L'éléphant de mer, une fois la période des combats derrière lui, s'adonne totalement au jeûne, comme s'il fallait en finir avec cette apparence énorme, ce surpoids du guerrier. Indifférent à l'homme, rejetant son propre corps, espèce de Bouddha des terres australes. » Et ça continue… Bref, en lisant Aux îles Kerguelen, vous en apprendrez plus sur cet archipel qu’en visionnant un documentaire de la BBC.

Aux îles Kerguelen est hors de tout doute un magnifique récit de voyage que je vous recommande sans hésitation.

Laurent Margantin, Aux îles Kerguelen, Numériklivres, 2013, 1,49 euros. Disponible sur toutes les plateformes et, sans DRM, à la librairie 7Switch.

Mise en ligne le: 2014-04-24

2014-04-04

Cécile Chabot : Le marchand de la mort (Le cycle de Xhol 1)

Le marchand de la mort est le premier volet du Cycle de Xhol, une suite de romans historiques sur l'Amérique précolombienne écrite par Cécile Chabot, écrivaine belge qui auto-publie ses romans sur Amazon Kindle. J'ignore s'il y a une façon plus appropriée pour qualifier cette Amérique-là. Sur Wikipédia, on emploie parfois le qualificatif de préhispanique. Peu importe, l'essentiel est de savoir qu'on sait peu de choses sur les civilisations qui précèdent la venue des Européens. Savoir qu'on ne sait pas constitue le meilleur moyen de parvenir à la connaissance. Pour bâtir une saga littéraire autour de la cité de Dos Pilas, un site archéologique Maya situé au Guatemala, il faut bien connaître le sujet, toutefois, mais cela tombe bien: Cécile Chabot, passionnée d'archéologie, connaît... Et c'est ce qui donne toute la crédibilité à ce roman. Pour éviter le piège du récit didactique, l'auteure adopte le genre du roman policier. C'est une excellente idée... car, justement, compte tenu du peu de choses que l'on sait des Mayas de l'époque classique, aussi bien inventer un peu... Et rien de tel qu'une bonne intrigue policière pour susciter l'intérêt du lecteur.

Voici la genèse du roman. Une archéologue européenne a l'habitude de se rendre en Amérique centrale pour effectuer ses recherches sur la civilisation Maya. Lors d'un séjour, elle rencontre Don Pépé, un vieil homme qui l'emmène voir une grotte qui n'a pas été découverte à ce jour et, par conséquent, n'a pas encore été la proie des pilleurs de biens culturels de tout acabit. À la surprise de l'homme, la jeune femme visite la grotte mais ne se saisit d'aucun objet ; elle se contente de prendre des photos et de dessiner des croquis. Confusément, cela plaît à Don Pépé. D'ailleurs, lors d'une conversation avec le vieil homme, l'auteure faire la remarque suivante: « C'est ce soir-là que je découvris sous la surface du chiclero sans grande instruction une tristesse infinie pour ce passé qu'il ne comprenait pas et qui disparaissait sous les coups des pilleurs, des collectionneurs et de la forêt dévoreuse de ruines ». L'année suivante, lors d'un autre séjour exploratoire, l'auteure revoit Don Pépé qui lui présente sa tante - d'une longévité sans pareille... - qui a décidé de parler, de témoigner, de raconter. En résultent des liasses de notes que l'archéologue, avec les années, finit par oublier. Plus tard, beaucoup plus tard, alors qu'elle s'apprête à déménager de son appartement de Bruxelles, elle retrouve ses carnets au milieu des cartons et du mobilier en désordre. Et elle se remet à les lire, à les relire... Et c'est ainsi débute cette très belle histoire: l'histoire de Xhol, du nom de ce lointain ancêtre qui, le premier, a raconté l'histoire à sa nièce, qui l'a raconté à... jusqu'à ce qu'elle soit consignée par l'archéologue.

Qui est Xhol ? Un curieux personnage affligé d'une infirmité. En effet, il boîte, ayant un côté du corps tordu de l'épaule jusqu'à la jambe droite. Jeune peintre dont le maître est décédé depuis peu, il doit faire ses preuves et, pour ce faire, travaille à une œuvre destinée à l'Ajaw, le souverain ou de ce qui en tient lieu à Dos Pilas. Cette ville n'a pas la grandeur des autres cités Maya, mais elle a son importance dans le jeu des alliances pour préserver la paix entre les villes... ou pour mieux préparer la guerre. Dans ce décor plutôt réaliste, voire historique (lire l'article Dos Pilas sur Wikipédia), se trame un drame... et c'est ici que la fiction prend le relais de l'histoire et que l'écrivain s'impose face à l'archéologue. Surtout, c’est ici que se révèle enfin le talent de Cécile Chabot.

Un roman policier, même sous une toile de fond historique, ne se raconte pas. Voici tout ce que je peux en dire : Un marchand revenu d'une autre région demande audience à l'ajaw qui ne peut le recevoir avant le lendemain. Or, dans la nuit, il est assassiné à l'orée de la forêt, et c'est Xhol qui fait la macabre découverte. Avec le soutien du grand prêtre Treize-Jaguar, celui-ci se livre à une enquête qui, à la suite d'une succession d'indices, le fera parvenir à la vérité. Voilà… vous n’en saurez pas davantage. À vous de lire l’ouvrage…

Le marchand de la mort n'est pas un roman noir: c'est une intrigue à l'anglaise caractérisée par une heuristique propre. Cela n’a donc rien à voir avec une histoire scabreuse qu vous tiendra en haleine... mais il s’agit d’un récit passionnant et ce, pour au moins deux raisons: 1) la toile de fond que constitue la société précolombienne, ce qui est assez original, voire singulier, admettons-le, et 2) le personnage de Xhol, l'infirme à l'estime de soi fragile puisque, comme dans la plupart des civilisations traditionnelles, il constitue un objet de mépris.

C'est donc sans réserve que je recommande cet ouvrage qui vous étonnera et qui, surtout, vous fera sans doute mourir moins idiot... Vous le trouverez à la boutique Kindle d'Amazon à un prix dérisoire. Le deuxième tome du Cycle de Xhol est paru en 2013: Le secret du masque de Jade. Je ne vous étonnerai pas si je vous affirme que je le lirai dans les prochaines semaines.

Cécile Chabot. Le cycle de Xhol : 1. Le marchand de la mort. Kindle Edition, 2012.

Mise en ligne le : 2014-04-04

2014-03-27

Chris Simon : Ma mère est une fiction

Voilà un beau petit roman que vous lirez lentement, sans vous presser, dans vote fauteuil, de préférence le soir après votre journée. Il s'agit d'une suite de quatre récits entrecroisés qui ont en commun une femme, parfois enfant, mais la plupart du temps une adulte accomplie de plus de quarante ans.

Premier récit. Nous sommes en 2012 avec un couple dans un drôle de train. En effet, la femme et son mari ont pris un forfait train pension complète chambre à gaz pour Judaïc Park. Horrible. Des touristes s'offrent la reproduction fidèle d'une rafle de Juifs par des soldats nazis. Tout cela pourrait finir mal, on le devine aisément. « Ils vont décidément trop loin, vraiment trop loin. On aurait compris sans cet ultra-réalisme. Le tour-opérateur ne perd rien pour attendre. Je vais te les ambiancer au retour... Je suis furieuse. Nous faire ça, à nous ? Patrice mon amour, mon autre moi-même. »

Deuxième récit. Nous voilà deux ans plus tôt dans la campagne française. Ou alors dans une banlieue éloignée, mais peu importe. Une femme fait une randonnée de vélo avec sa mère, mais elle a du mal à la suivre.Volontairement ou non, sa mère l'abandonne... « Le message est sans appel. Ma mère, futuriste, articule d’une traite avec conviction. Elle veut vivre et le plus longtemps possible. Comme si moi, je n’avais pas de raisons de vivre vieille. Je pourrais aussi bien mourir là, tout de suite, au bord du canal de ce village étrange, tête adossée à la dune, pieds contre la pinède. Ensablée. »

Troisième récit. En 1976, une petite fille s'étonne du visage refait de sa mère suite à un accident d'automobile. « Plus rien de ce qui créait l’accident dans l’espace et m’attachait, m’accrochait à elle mieux qu’un cordon ombilical, n’existe. Effacé, gommé, disparu. Ma mère n’est plus ma mère, je suis orpheline. »

Quatrième et dernier récit. La femme de quatre-trois ans – vraisemblablement la même femme qui fait du vélo avec sa mère – se retrouve dans un lieu après sa mort. Étrange paradis où Zeus peine à entretenir son logis. Elle va lui donner un coup de main, elle qui n'avait jamais été douée pour les tâches ménagères... « Comme si je ne m’étais pas donnée assez de mal comme ça à tenter de trouver un sens à ma vie, il fallait maintenant négocier avec l’au-delà, l’innommable, l’infiniment plus grand que l’homme. »

Raconter un roman n'a jamais rendu service à l'auteur. Un roman, ça ne se raconte pas: ça se lit. C'est l'auteur qui raconte, pas le critique. Bien entendu, j'ai aimé cette oeuvre de Chris Simon, non pas en raison de l'intrigue, mais plutôt du décor, de l'ambiance qui se dégage de cette histoire séquencée en quatre voies parallèles. Une fois la lecture terminée, je n'ai pu m'empêcher d'établir un lien entre ce roman et le poème de Richard Monette que je reproduis ci-dessous:

Je suis petit

À gravir du gravier au chaos chahuté cahin-caha
Roulant sur des roches rêches ourdissant sans pas
Calfeutré, encastré comme une fenêtre fermée
À décrire l’encrier cachot kasher et cacheté
À gorge égosillée gaspillée
J’ai mon cri dans le temps qui est celui d’un enfant méfiant
« J’ai besoin de t’aimer MA MAMAN
- « mais tu me fais mourir d’amour absent»
Je suis petit, si petit
À gravir du gravier au chaos chahuté cahin-caha…

S’accrocher à sa mère est un geste instinctif que tout être humain pose quand il sombre… Richard Monette l’exprime en vers. Est-ce que Chris Simon l’exprime en roman ? Je ne me prononcerais pas là-dessus, étant peu doué pour l’herméneutique des textes littéraires. Mais j’ai senti, en lisant ce beau roman, que l’enfance, l’abandon par la mère (le seul être qui compte vraiment dans la vie d’un individu), la mort, la résilience sont autant de thèmes qui se dégagent de ces récits en parallèle.


Simon, Chris. Ma mère est une fiction. Publie.net, 2010, 1,99 euros. Disponible sur toutes les plateformes et, sans DRM, à la librairie Immatériel.

Mise ne ligne le : 2014-03-27

2014-02-20

Florian Rochat : La légende de Little Eagle

Je viens d'achever la lecture de
La Légende de Little Eagle, un roman à grand déploiement de Florian Rochat. Disponible sur Amazon à un prix dérisoire (moins de trois dollars canadiens sur le Kindle Store), ainsi que dans d'autres boutiques virtuelles telles que Kobobooks, iTunes, etc., ce roman est publié par l'auteur lui-même qui a décidé, pour des raisons qui le regardent, de ne pas passer par un éditeur. Autrement dit, il s'agit d'une auto-publication. Peut-être avez-vous des préjugés sur ce mode d'édition que permet, beaucoup plus facilement qu'avant, l'univers numérique. Si c'est le cas, ils vont tomber un à un en lisant ce roman que je considère d'emblée comme un grand roman, c’est-à-dire un roman dont l’auteur a le souffle nécessaire pour vous entraîner d'un village de Bourgogne au Montana en passant par Londres et la Corse et qui vous fera découvrir le modus operandi des pilotes de guerre au cours de la Deuxième guerre mondiale, les Blackfeet du Montana, des autochtones dont plusieurs, à l'instar du héros de ce récit, John Philipp Garreau, ont du sang canadien-français dans les veines ainsi que le lien avec l'écrivain Antoine de Saint-Exupéry, l'auteur du Petit Prince, qui joue un rôle non négligeable dans les méandres de ce récit grandiose.

Voici une version abrégée du quatrième de couverture: « Tout débute quand Hélène Marchal, journaliste dans la quarantaine, hérite d'une maison appartenant à ses parents à Verdeil, en Bougogne, dont elle n'avait pas mis les pieds depuis l'enfance. En prenant possession de la maison, sur un rayon de la bibliothèque de son père, elle découvre un bout de papier qui dépasse d'un ouvrage. C'est une copie carbone d'une lettre adressée en 1947 par son grand-père maternel aux parents du premier lieutenant John Philip Garreau, pilote de chasse dans l'armée américaine. Touché par un chasseur allemand, son appareil était devenu ingouvernable alors qu'il survolait Verdeil. Et il aurait piqué droit sur la maison si John Philip Garreau avait choisi de sauver sa peau en sautant en parachute, au lieu de rester à bord et d'éviter l'obstacle de justesse. Mais il s'était sacrifié, et s'était écrasé dans un champ tout proche. Or, précise la lettre, le grand-père d'Hélène, sa grand-mère, et leurs deux enfants, dont sa mère alors âgée de quatre ans, se trouvaient sur les lieux. Hélène comprend qu'elle n'aurait pas pu voir le jour sans l'héroïsme de ce pilote. Et qu'elle a donc envers lui une dette considérable. Bouleversée, Hélène veut savoir qui était ce John Philip Garreau, un très jeune homme de dix-huit ans, venu se battre en Europe. Depuis Browning, petite ville du Montana, révèle l'adresse figurant sur la lettre. Un beau matin, elle a pris sa décision: elle va se rendre là-bas, non seulement pour tenter de trouver des informations à son sujet, mais également de raconter son histoire. Qui prendra parfois les contours d'une légende. »

La légende de Little Eagle est un roman d’enquête où les archives jouent un rôle fondamental. En effet, c’est à travers les documents qu’Hélène Marchal mettra à jour cette légende. J’ai du mal à comprendre pourquoi un roman d’une telle envergure n’ait pas trouvé un éditeur digne de ce nom. En tous les cas, Florian Rochat est bienvenue chez ÉLP éditeur s’il en a envie…


Florian Rochat, La légende de Little Eagle, 2011. Disponible à la boutique Kindle d’Amazon.

Mise en ligne le : 2014-02-20

2014-02-13

Allan E. Berger : Le passage de Reichenberg

Voici un petit roman – ou un grosse nouvelle, c’est selon – qui sort de l’ordinaire. Un roman dans lequel Allan E. Berger recourt à la fiction pure pour forcer la rencontre avec l’Histoire. En effet,
Le Passage de Reichenberg a pour toile de fond la célèbre Nuit de Cristal au cours de laquelle les Jeunesses hitlériennes, encouragés par les SS et la Gestapo, ont saccagé des centaines de commerces et de lieux de culte dans les quartiers juifs du Reich. Malgré cette véritable incursion dans l’Histoire avec un grand « H », tout ceci tient du leurre puisque le Passage relève davantage de la S.-F. et du fantastique que du roman historique.

Quelque part au 21ème siècle, un jeune homme travaille pour un marchand de vin raffiné pour lequel il effectue des livraisons dans une ville d’Allemagne, de Pologne ou d’Autriche, on ne sait trop. Un jour, il se perd dans les méandres d’un quartier ancien et, par mégarde, emprunte un passage obscur qui le conduit, en plein ghetto juif, le 9 novembre 1938, soit exactement la veille du pogrom qui peut être considéré comme l’une des prémices de la Shoah. Là, avec son téléphone mobile à la main, il demande à quelques vieux juifs de lui indiquer le métro le plus proche… Il est perdu, on le comprend. Perdu dans l’espace… et dans le temps ! Quand il évoque le Passage de Reichenberg, d’aucuns le considèrent comme un fou ou, mieux, comme un fantôme, voire comme un possédé du démon Et il est bien près de leur donner raison quand il constate soudain dans quel siècle il se trouve : le 20ème, le pire que la Terre ait jamais vécu, « ce siècle, la honte de l’histoire ». S’ensuivent une suite de péripéties dont je ne vous raconterai pas les détails. Il vaut mieux lire Berger dans le texte ; ça vaut mille fois mieux que tout ce que je pourrais en dire. En voici d’ailleurs un passage éloquent :

Tout de suite, l'angoisse me saisit à la gorge. Car l'injustice de masse, l'injustice en gros, me donnent toujours des envies de meurtre. Cent ans après des événements qui ont ravagé toute ma famille sauf un, je tremble encore de rage. Je hais, je hais, je hais les monstres ! Leur seule évocation me donne la fièvre. De l'ancêtre survivant de ces grands cataclysmes, je suis l'ultime rejeton par une suite ténue de descendants stupéfiés qui tous se sont dit : « pourquoi, comment se fait-il que nous soyons encore en vie, et à quoi ça sert ? » Nous voyageons sur la Terre, nous traversons l'existence sans plus rien espérer. Je suis ainsi l'enfant d'une longue lignée d'êtres gris cendrés, sans illusions, sans autre passion que la vodka, de ces êtres incréants que le vingtième siècle a engendrés en quantités prodigieuses. Ce siècle, la honte de l'histoire, y a creusé comme un cratère. Je ne comprends pas pourquoi la Terre n'en a pas été détruite. Pourquoi devons-nous encore vivre, et attendre, évidemment, d'autres malheurs ? Qu'on en finisse ! C'est tout ce que l'espèce mérite ! Qu'on en finisse...

Rassurez-vous, Le passage du Reichenberg finit bien, comme dans un film américain, sans pour autant changer quoi ce soit au destin historique des milliers de victimes du pogrom.

Allan Erwan Berger vit à Rennes depuis pas mal d’années. Membre fondateur d’ÉLP éditeur, une maison d’édition francophone 100% numérique, il a publié plus de sept ouvrages. Pour en savoir davantage sur cet auteur hors norme, veuillez consulter sa fiche d’auteur sur le site d'ÉLP éditeur.

Allan E. Berger, Le Passage du Reichenberg, ÉLP éditeur, 2012, 0,99 euros ou 1,29 $. Disponible sur toutes les plateformes et, sans DRM, à la librairie Immatériel.


Mise en ligne le : 214-02-13

2014-02-06

Paul Bourget : Un homme d'affaires

Paul Bourget (1852-1935) est un écrivain pour lequel nous avons des préjugés, particulièrement au Québec parce que ses œuvres, contrairement à celles de nombreux auteurs français, n'ont jamais été mises à l'Index. En effet, elles ont été autorisées en lecture publique par l'élite bien-pensante alors placées sous l'égide du clergé catholique. Bien que je n'aie moi-même pas connu cette période sombre de notre histoire, ce fait est demeuré dans la conscience collective de la génération suivante, celle des années 1960. Paul Bourget, donc, faisait partie des auteurs autorisés, ce qui suffit largement à lui enlever toute crédibilité littéraire. Comme on peut s'en douter, les lectures permises par le clergé exercent beaucoup moins d'attraits sur la jeunesse que les œuvres frappées d'interdiction, comme les romans de Zola, par exemple. Bref, un peu pour toutes ces raisons, je n’étais guère enclin à entreprendre la lecture de Paul Bourget, un écrivain que d'aucuns associent à l'élégance des salons parisiens du tournant du siècle.

Si l'on en croit Wikipédia, Paul Bourget décrit avec justesse la société mondaine de Paris sous la Troisième république (1870-1940). D'abord connu comme un romancier de mœurs, il se tourne, après la quarantaine, vers le roman à thèse dans lequel il expose ses idées empreintes de sa récente conversion au catholicisme. Cela explique la réputation qu'on lui fait: un écrivain traditionnaliste, tourné vers le monarchisme. Un écrivain de droite, quoi. Voilà sans doute pourquoi il avait si bonne presse au Québec à cette époque…

Un homme d'affaires est un recueil de nouvelles publié en 1900. L’ouvrage réunit quatre nouvelles. La première, qui donne le titre au recueil, relève davantage du roman que de la nouvelle, d’ailleurs. Elle raconte la lente vengeance de Firmin Nortier, un homme d'affaires puissant aux origines paysannes. À l'instar de certains représentants du monde des affaires de la finance de ce temps-là, il a épousé une femme de noblesse au titre ronflant mais sans les sous qui auraient dû venir avec… En cours de la lecture, on sent bien d’ailleurs le mépris que porte l’auteur à la modestie des origines de Nortier qui, quoi qu’il fasse, ne ressemblera jamais à un noble : « Firmin Nortier, lui, a beau avoir adopté la morgue des authentiques gentilshommes avec lesquels il fraie, il a beau avoir copié d'eux, avec un scrupule qui ne commet pas une faute d'orthographe, sa livrée et ses attelages, sa tenue personnelle et celle de sa maison, observez-le, et vous démêlerez en lui aussitôt le paysan de Beauce, matois et défiant, avide jusqu'à l'usure, prudent jusqu'à la ruse. »

Firmin Nortier a épousé une femme noble, donc, mais une femme qui l'a trompé toute sa vie avec un Italien de meilleure souche que lui. Sans vergogne, cet amant logeait même chez lui... Et comme si cela n'était pas assez, sa fille Béatrice serait de ce noble, et non de lui. Comme un paysan, il a patienté pendant vingt ans avant de trouver le moyen de faire payer un peu tout le monde… Et non sans cruauté.

La deuxième nouvelle s'intitule Dualité. Un Parisien issu du milieu mondain décide de passer quelques jours dans une auberge du nord de l'Italie. Dans ce lieu à l'abri du monde, il reconnaît une cocotte qu'il a bien connue quinze ans plus tôt. La femme discute avec un jeune homme que le Parisien croît être son amant. Or, il n'en est rien... et cela crée une embrouille digne de meilleures intrigues balzaciennes.

La troisième nouvelle - Le réveillon - raconte l'histoire tragique de Charles Durand, un jeune homme qui, amoureux d'une femme mariée, a monté un canular pour faire croire à ce ménage qu'il avait une maîtresse. Et cela a eu des conséquences dramatiques sur les destinées des uns et des autres.

Enfin, la quatrième nouvelle, intitulée L'outragé, raconte aussi une histoire de tromperie. Une histoire qui connaîtra une fin tragique pour les deux amis impliqués dans un triangle amoureux. Je vous laisse découvrir si la femme s'en sort mieux...

Préjugé ou pas, j’ai beaucoup apprécié cette œuvre fort bien écrite. Certes, ce roman témoigne d’une époque révolue : celle de Marcel Proust et de cette noblesse de salon au prestige moribond après la Première guerre mondiale. Mais il a sa place dans l’histoire littéraire d’une période qui figure parmi les plus fécondes de l’histoire du monde occidental, celle qui va de 1871 à 1914. Après, plus rien ne sera comme avant.


Paul Bourget, Un homme d’affaires, c1900.

Misen en ligne le : 2014-02-06

2014-01-16

Cécile Chabot : Le DF (Nouvelles d'Amérique centrale)

Dans
un billet du 19 décembre 2013, Chris Simon recommande la lecture de six blogues littéraires tenus par des auteurs indépendants. Parmi ceux-là figure celui de Cécile Chabot, un auteur auto-publié qui diffuse une série de polars mayas intitulé Le cycle de Xhol. J'ai eu envie d'en savoir davantage sur cet écrivain et me suis procuré un texte d’elle sur la boutique Kindle d'Amazon: Le DF. Ce texte est le premier d'un recueil de nouvelles à paraître: Nouvelles de l'Amérique centrale.

DF pour Districto Federal : Un étudiant en archéologie en résidence au Mexique a du mal à poursuivre des études doctorales faute de ressources financières. Pour payer sa modeste chambre, il postule à gauche et à droite, tentant désespérément de trouver un poste d'assistant. Dans un cybercafé où il traîne, guettant les réponses sur sa messagerie, il rencontre un type qui lui fait une proposition. De l'argent facile qui lui permettra de terminer ses études... mais de quoi s'agit-il exactement ?

Honnêtement, j'ai été impressionné par la qualité d'écriture de ce texte. Cécile Chabot, avec un style bien maîtrisé, nous emmène là où elle veut. Du coup, dès que le temps me le permettra, je vais débuter Le cycle de Xhol.

À l'instar de Florian Rochat, de Chris Simon et de Laurent Bettouni, Cécile Chabot est la preuve vivante que des auteurs auto-publiés peuvent prendre place dans la Littérature et que l'éditeur, s'il a toujours sa raison d’être, peut être contourné quand cela s'avère nécessaire. N'oublions jamais que moins de 5% des manuscrits sont publiés... En dépit de tout ce qu’on raconte de négatif sur Amazon, il faut admettre que le géant américain permet à de nombreux auteurs de diffuser leurs œuvres. Je vous encourage à sortir des sentiers battus et à les découvrir. Vous verrez, certains d'entre eux vous surprendront. Si vous n’êtes pas détenteur de la liseuse Kindle, vous n’avez qu’à installer l’application Kindle d’Amazon sur votre tablette ou, au pire, sur votre ordinateur.

Cécile Chabot, Le DF, 2013, 1,05$ sur Amazon.ca

2014-01-09

André Gide : Isabelle

Ne me demandez pas pourquoi mais, en mes vertes années, j’ai toujours confondu deux ouvrages qu’on se plaisait à lire et à commenter autour de moi :
La condition humaine d’André Malraux et Les nourritures terrestres d’André Gide. Est-ce parce que les deux auteurs se prénommaient André ? Je ne sais pas… Ce que je sais, par contre, c’est qu’en ce temps-là je n’avais jamais lu l’un et l’autre de ces auteurs, alors que Sartre, Camus et Vian meublaient mon quotidien. De fait, je n’ai lu Malraux qu’en 2003 et, presque dix plus tard, je me suis enfin adonné à la lecture d’un roman d’André Gide… Honte à moi.

J’ai débuté par Isabelle, un petit roman qui m’a séduit dès les premières lignes. Le procédé d’écriture de Gide est ingénieux : c’est d’abord lui-même qui assume la narration du récit alors qu’il décrit une visite faite au domaine de Quartfourche, en Normandie, accompagné de deux amis : Francis Jammes (1868-1938) et Gérard Lacase. Si le premier est un poète et romancier qui a bel et bien existé, ce n’est pas le cas du second, personnage purement imaginaire auquel, dès le premier chapitre, Gide cède la narration.

Gérard Lacase, étudiant en Sorbonne, séjourne au château de Quartfourche pour prendre connaissance de documents inédits relatifs aux sermons de Bossuet, son sujet de thèse. Ces documents sont la propriété de monsieur Floche, son hôte au château, bien que le domaine appartienne aux Saint-Auréol, une famille noble sur le déclin. Outre les Floche et les Saint-Auréol vivent au domaine une domestique, un couple de jardiniers et Casimir, le petit-fils des Saint-Auréol, qui souffre d’une infirmité. Mais le tableau ne serait pas complet sans le précepteur de l’enfant, l’abbé Santal qui, malgré son statut d’ecclésiastique, n’est guère porté sur la compassion. La force d’André Gide, dans cet ensemble, est de nous plonger dans une ambiance feutrée qui, parfois, confine au malaise, voire à l’angoisse.

Un jour que Gérard se promène avec Casimir, il découvre, dans une dépendance abandonnée, un portrait de jeune femme. Il s’agit d’Isabelle de Saint-Auréol, la mère de Casimir. Vite fasciné par cette image, il va tenter de reconstituer l’histoire de cette absente dont personne ne parle au château, comme s’il s’agissait d’un sujet tabou. Il apprend qu’Isabelle vient parfois au château, la nuit, pour embrasser l’enfant. Animé par un amour naissant, il fera tout pour découvrir ce qui se cache dans cette maison jusqu’à ce qu’il soit confronté à une réalité qui, dois-je le rappeler, s’avère toujours moins « élevée » que les hauteurs de notre imagination…

Je regrette d’avoir attendu si longtemps pour découvrir l’immense écrivain que représente André Gide dans l’histoire de la littérature française. Isabelle est un petit roman d’environ 100 pages. Une bonne manière d’aborder l’œuvre. Alors, ne faites pas comme moi : n’attendez pas vingt ou trente ans avant d’en prendre connaissance.


André Gide. Isabelle. Ebooks libres et gratuits, c1911

Mise en ligne le : 2014-01-09