2022-10-01

Henri Troyat : Tant que la terre durera, tome 1


Dans ma jeunesse, avant que je commence à m'intéresser à la littérature avec un grand L, je lisais les livres que ma mère ramenait à la maison. Parmi ces bouquins, on trouvait les romans historiques d'un auteur aujourd'hui oublié : Henri Troyat. Cet auteur écrivait des sagas familiales dont plusieurs se déroulaient en Russie avant la Révolution de 1917. Né à Moscou, cet écrivain a fui le pays en feu avec ses parents. Bien qu'il n’eût que six ans au moment de son arrivée en France, il n'a cessé d'écrire des romans sur son pays d'origine, comme Tant que la terre durera (1947), La lumière des justes (1959), Les Héritiers de l'avenir (1968), Le Moscovite (1974) et bien d'autres. Comme Henri Troyat le disait lui-même dans un entretien diffusé sur YouTube, on ne pourrait lui ôter la pelisse française qu'il porte sur lui sans lui arracher le corps, mais un enfant russe sommeille toujours en lui, quoiqu'il fasse. Ça confirme bien ce que j'ai toujours pensé : peu importe la contrée où on passe notre vie, le pays s'avère toujours celui de l'enfance.

À l'âge de quinze ou seize ans, donc, j’ai commencé à lire des romans d'Henri Troyat. J'ai débuté par Les semaines et les moissons, une saga familiale en cinq volumes publiée entre 1953 et 1958. Ça m’a tellement plu que, très rapidement, j’en ai lu plusieurs autres, des sagas russes principalement, avant que j’accède aux grandes œuvres des écrivains classiques comme Dostoïevski et Tolstoï. C’est à Henri Troyat que je dois mon attirance irrépressible pour la littérature et la musique russes. Pourtant, je n’ai jamais mis les pieds dans ce pays, un rêve que j’ai renoncé à concrétiser, comme tant d’autres… mais ce penchant pour la culture russe ne m'a jamais quitté.

Cet été, juste avant les vacances, j'ai rédigé une nouvelle intitulée La dame russe qui s’insérera dans mon prochain recueil à paraître en 2022-2023. Et c'est rédigeant cette micro fiction que mes souvenirs de la lecture d’Henri Troyat ont remonté à la surface de ma mémoire et ce, près de cinquante ans plus tard. Alors, dans un geste spontané, je me suis procuré le premier volume de Tant que la terre durera, une saga qui m’avait échappée à l’époque. Cet ensemble romanesque compte sept volumes. Voici le compte rendu du premier.

Le premier tome de Tant que la terre durera est structuré en quatre parties et son intrigue se déroule entre 1888 et 1896 dans trois villes de Russie : Armavir (aujourd'hui en Arménie), Ekaterinodar (Krasnodar) et Moscou. Trois villes, donc, et trois familles : les Danoff, une famille de marchand de tissus d'Armavir, les Aparoff dont le chef de famille est médecin pour la municipalité d'Ekaterinodar, et les Bourine, un propriétaire terrien. Ces trois familles sont celles des trois personnages principaux : Michel, Tania et Volodia. Comme dans toutes les sagas, on y décrit de grandes amitiés, notamment celle de Michel Danoff, jeune homme qui se liera d'amitié avec Volodia Bourine à l'Académie d'étude commerciale pratique de Moscou. Comme de raison, ces amitiés sont suivies de grandes trahisons, notamment lorsque Michel épouse Tania après que celle-ci ait refusé la main de Volodia. Celui-ci en ressent peine et frustration, un mélange explosif de sentiments qui ne s'atténuera qu'à la toute fin de ce premier volume. Bien entendu, de nombreux personnages secondaires enrichissent la trame principale du récit : Nicolas, le frère aîné de Tania, qui fréquente les milieux révolutionnaires de Moscou, et Lioubov, la soeur de Tania, qui épouse un personnage lubrique du nom de Kisiakoff dont le comportement finit par dégoûter le lecteur du XXIe siècle... Le tout donne une belle histoire qui se lit bien, surtout pendant les vacances.

J'ai eu beaucoup de plaisir à retrouver cet écrivain après tant d'années. Vais-je lire les sept volumes de cette suite romanesque ? Probablement, à petite dose, un volume à la fois, et ce, entrecoupée d'autres lectures. J'ai aimé ce roman, bien entendu, même si j'ai eu du mal à distinguer la morale de l'auteur sur cette Russie impériale d'avant la Révolution de 1917. À Moscou, par exemple, Troyat adopte une position ambiguë sur la cérémonie associée au sacre du tsar Nicolas II qui se termine dans un bain de sang. Il caricature les activistes comme Zagouliaieff, le compagnon de Nicolas Aparoff, tout en dénonçant l'irresponsabilité du tsar dont les 2000 morts ne l'empêchent pas de participer à la réception de l'Ambassade de France le soir même. Par ailleurs, il ne se prononce pas non plus sur la condition lamentable des femmes d'Armavir, condition qui oblige Tania à ne plus sortir seule de la maison pour ne pas nuire à la réputation des Aparoff. Le roman a été écrit en 1947, soit deux ans après la Deuxième Guerre mondiale alors que Joseph Staline était toujours à la tête de l'URSS. Dans le roman historique, la tentation d'entacher le récit d'anachronisme s'avère forte. C'est souvent le cas dans certains romans historiques québécois dont on se lasse rapidement pour cette raison. Toutefois, Henri Troyat semble y échapper. À tout le moins, il fait preuve de prudence, et on ne peut que l'en féliciter.

Conclusion : si vous cherchez une lecture de vacances, n'hésitez pas à (re)lire cet écrivain qui ne mérite certainement pas de tomber dans l'oubli.

Henri Troyat. Tant que la terre durera, tome 1. Paris, c1947

2022-09-01

Henri Vernes : Bob Morane 16 - Mission pour Thulé

Ce 16e Bon Morane débute alors que notre héros s'adonne au tourisme dans le sud des États-Unis. Au volant d'une vieille bagnole, il échoue à Paradise Rocks, une ville typique des films western de la fin du XIXe siècle... sauf que nous sommes toujours dans les années 1950 ! Morane est bien mal accueilli dans cette ville qui est contrôlé par un gros éleveurs du coin, un certain James Lore. À peine a-t-il pu obtenir une chambre d'hôtel qu'il est nuitamment assommé et délesté de tout son argent. Bref, ça commence mal...

Le lendemain, il se rend chez James Lore qui lui avance de l'argent. En échange, Bob Morane accepte de remplacer son pilote et de livrer pour lui du matériel d'équitation à San Francesco. Mais certains individus louches essaient de l'en dissuader. Mais notre héros ne supporte pas qu'on lui dise ce qu'il doit ou ne doit pas faire... Une fois à San Francesco, une autre mission se présente : livrer du matériel sportif à la base américaine secrète de Thulé au Groenland. Il s'apprêtait à refuser, mais un autre individu, aussi louche que les précédents, l'invite à renoncer ce projet en lui offrant une somme substancielle. Cet individu n'est nul autre que Roman Orgonetz, un personnage qui reviendra dans une vingtaine ouvrages par la suite.

Bob Morane s'envole donc pour Thulé, faisant fi des menaces de toutes sortes. Il est toujours accompagné par Ted Harrison, le bras droit de l'homme d'affaires. Mais à peine ont-ils franchi l'espace aérien du Groenland qu'ils sont attaqués par des inconnus conduisant des appareils de type militaire, visiblement pas américains. Son compagnon atteint par des projectiles, Bob n'a d'autre choix que de se poser. En constatant la mort de Harris, il découvre qu'il s'agit d'un agent du FBI et que, sur un billet rédigé à l'intention de Morane, il lui demande de bien dissimuler le troisième ballon. Une question de vie et de mort. Bob réussit à enterrer une boîte contenant cet objet juste avant qu'il soit rejoint par voie terrestre par ses agresseurs. Ne trouvant rien, ils emmènent notre héros dans leur repère secret. Devant la menace de la torture, Morane tisse un discours assez crédible pour faire croire aux inconnus, masqués pour qu'on ne soupçonne pas leurs pays d'origine, que l'objet recherché aurait été acheminé à Thulé par d'autres moyens. Résultat, ils abandonnent la base, étant convaincu de leur échec.

On le devine aisément, Morane réussit à s'évader et ce, à bord d'un avion dans lequel on a placé une bombe destinée à détruire la base américaine de Thulé. En plein vol, il réussit à détruire les quatre avions qui l'escortaient et à larguer la bombe dans l'océan. Une fois au sol, il est interrogé par l'armée américaine pendant une vingtaine d'heures jusqu'à ce qu'on finisse par reconnaître sa loyauté et sa bravoure. Le contenu du carton du troisième ballon recelait finalement un satellite miniature qui a pu être lancé en orbite. Aux trois quarts du roman, on est presque tenté de croire que la mission s'avère accomplie... Toutefois, il reste à démasquer le traitre qui ne cesse de renseigner l'ennemi sur la mission des services secrets américains. Pour Bob Morane, il ne fait aucun doute que la clé de l'énigme se trouve à Paradise Rocks. Il y retourne.

Comme on devait s'y attendre, dès qu'il met les pieds à Paradise Rocks, notre héros tombe dans un traquenard... mais il réussit en s'en sortir, grâce en autres aux services secrets qui sont venus à sa rescousse. Le traître est démasqué et Bob Morane poursuit ses vacances dans le sud des Etats-Unis...

Contrairement au roman précédent (voir La marque de Kali, le 15e Bob Morane), Mission pour Thulé se déploie sous le signe de la simplicité. En effet, une seule intrigue, un seul héros, un traître et des ennemis à la solde d'une nation étrangère qu'Henri Vernes se garde bien d'identifier, histoire d'éviter des complications. Roman rédigé en 1956, donc en pleine Guerre froide, on a toutefois aucun mal à la deviner... Comme d'habitude, aucune présence féminine dans ce roman tout simple, sans fioritures, que j'ai assez aimé, somme toute.

Vernes, Henri. Mission pour Thulé (Bob Morane 16). Éd. Gérard (coll. Marabout Junior), c1956

2022-08-01

Serge Bouchard : Un café avec Marie


Anthropologue, historien et animateur de radio, Serge Bouchard est décédé le 11 mai 2021 à l'âge de 73 ans. Publié avant sa mort, Un café avec Marie réunit des essais sur des sujets divers. Dans ces essais, l'auteur accorde une place à la mémoire collective. En effet, pour Serge Bouchard, là où la mémoire individuelle est érigée en valeur absolue, la mémoire collective s'avère négligée et fait de plus en plus du Québec "un peuple sans histoire". Cette thématique s'avère récurrente dans les nombreux textes qui composent ce recueil, ce qui ne surprendra pas ceux qui avaient pris l'habitude d'écouter les émissions radiophoniques de l'auteur sur "Ces remarquables oubliés" à la Société Radio-Canada.

Plus loin, l'auteur aborde des sujets plus personnels, plus intimes. Ses textes se composent d'anecdotes, de propos sur l'amour, la sexualité, la parentalité. Il raconte la mort de sa première et de sa seconde épouses, en s'en prenant parfois à Dieu dont il doute de l'existence, par ailleurs. Dieu, et le diable aussi, son pendant naturel. Puis, Serge Bouchard raconte son expérience d'anthropologue, sa passion pour ce métier qui nécessite de faire du terrain, comme il l'écrit à plusieurs reprises. 

Enfin, Serge Bouchard nous livre ses réflexions sur l'environnement, sur cette planète en péril que les hommes et les femmes, de plus en plus nombreux, risquent de détruire à plus ou moins long terme. Pour sensibiliser le lecteur, il recourt à des comparaisons, des sortes de paraboles où les animaux de la forêt jouent un rôle clé. Comme le coyote, par exemple, un animal honteux à la manière des hommes. Et comme le lynx, un animal d'une grande sagesse qui, sentant que le lièvre se fera rare, évite de faire trop de petits. Bien entendu, la question des autochtones prend une place significative dans l'ensemble de ses essais. On ne s'étonnera pas qu'il les traite avec respect, tout en évitant l'auto culpabilité facile et le discours larmoyant. Personne n'a le monopole de la souffrance en ce monde.

Personnellement, les textes réunis en ce recueil m'ont touché, et leur résonnance en moi ont perduré longtemps après leur lecture. Est-ce parce que, tout comme l'auteur, je me situe au soir de ma vie ? Sans doute. Mais les textes de Serge Bouchard, un petit gars de Pointe-aux-Trembles, tout comme moi, s'avèrent surtout des paroles de sagesse et, en conséquence, peuvent être entendues par toutes les oreilles, les grandes comme les petites, celles des gens plus âgés, comme celles des plus jeunes.

Bouchard, Serge. Un café avec Marie. Boréal, 2021

2022-07-01

Henri Vernes : Bob Morane 15 – La marque de Kali


Le 15e Bob Morane débute à Calcutta, la cité de Kali, déesse de la destruction et de la mort. C'est du moins ce qu'annonce Henri Vernes dès les premières lignes. Du balcon de sa chambre du Naja Bleu, Bob Morane contemple la ville. Il est venu en Inde pour faire un reportage sur le Gange pour le magazine Reflets. Pendant qu'il se prélasse sur sa terrasse, il reçoit un billet d'un certain Cecil Mainright qui lui demande d'aller chez lui dans les plus brefs délais. Une question de vie et de mort, paraît-il. Plutôt de mort, finalement, car en arrivant sur les lieux, Morane découvre le professeur Mainright aussi mort qu'on puisse l'être, la tête appuyée sur la surface de son bureau avec au cou la marque de Kali, c'est-à-dire celle d’un étranglement fait avec un rhumal. Quelques secondes plus tôt, alors qu’il entrait dans la maison, Bob Morane est confronté à un homme qui le menace avec un poignard, tentant de quitter les lieux avec un objet qu'il venait vraisemblablement de voler à Mainright. Il s’agit d’une statuette de plomb représentant la terrible déesse Kali. Il alerte la police locale qui semble attribuer l’affaire à un simple vol par effraction. Bob n’en est pas convaincu. De retour dans sa chambre d’hôtel, il dissimule la statuette sous un tiroir d’une commode. 

Le lendemain matin, il reçoit la visite d’un homme d’une stature imposante du nom de Kao Maïmaitscheng. Ce Mongol prétend travailler pour un « gouvernement » et cherche à récupérer la statuette à n’importe quel prix. Menacé par le revolver de Morane, il quitte les lieux. Et c’est ainsi que, dès le chapitre trois, on connaît déjà le principal ennemi de notre héros. 

Cet ennemi ne cache pas son projet diabolique : s'emparer de la statuette afin que la secte des Thugs, des disciples de Kali, sème la zizanie entre les hindous et les musulmans de la péninsule indienne. Déjà, plusieurs personnes ont été étranglées ici et là. Une fois l'instabilité créée, son gouvernement pourra intervenir pour assujettir le pays. Mais la statuette de plomb n'est pas l'originale. Celle-ci se trouve dissimulée à Javhalpur. Bob Morane récupère le plan de sa localisation, mais il est enlevé et séquestré par Kao Maïmaitscheng. Pendant un moment, le lecteur se demande si son héros survivra aux coups répétés que lui assène cette brute sanguinaire. Passablement amoché, Bob Morane est ligoté et Kao charge son acolyte d’aller jusqu’au fleuve pour jeter le corps de notre héros du haut d’une falaise. On se doute bien que Bob réussit à se sortir de ce mauvais pas, mais il traverse une phase découragement, craignant même de rejoindre son hôtel tellement il se croit incapable de combattre ce Mongol, visiblement trop fort pour lui. Mais Graham Lowbridge, l’avocat chargé de la succession de l’infortuné Mainright, lui conseille de passer quelque temps dans sa maison campagne, loin des regards indiscrets. Là, ils conviennent d’un plan : aller récupérer la statuette et la replacer dans le temple secret des sectateurs de Kali dans la forêt environnante de Javhalpur. Pour ce faire, il charge l’avocat d’envoyer un télégramme à son ami Bill Ballantine, un Écossais de la même carrure que Kao Maïmaïtscheng. 

Dès l'arrivée de Ballantine, ils prennent la route en direction de Javhalpur, chacun de leur côté pour éviter d’être repérés par les hommes de Kao. Arrivé plus tôt sur les lieux, Bob Morane rend visite à Lal Bhawannee, le maharajah de Javhalpur. Rapidement, il se rend compte qu’il s’agit d’une erreur car, à l’instar de Kao, le maharajah cherche aussi à mettre la fin sur la statuette de Kali afin d’encourager les Thugs à semer la mort et la désolation dans le sous-continent indien, histoire de déstabiliser la république de l’Union indienne en faveur de la monarchie. Pour empêcher Bob Morane d’aller au bout de son projet, il le séquestre dans une tour entouré d’un fossé infesté de crocodiles. Morane parvient tout de même à s’échapper et, aidé de Ballantine, parvient au temple secret des Thugs. C’est en ce lieu secret que tout se dénoue : les méchants meurent, y compris le terrible Kao Maïmaitscheng, la statuette de Kali a retrouvé sa place et des milliers de morts ont été évités grâce au courage de notre héros. 

Que penser de ce 15e Bob Morane ? Nous sommes toujours dans la première génération des romans d’Henri Vernes. Des romans coloniaux non exempts de préjugés sur cette grande partie du monde en voie de décolonisation. Même si Bob Morane incarne le modèle de l’aventurier, sensible à l’humanité des gens qu’il rencontre, n’hésitant pas à risquer sa vie pour les sauver, il n’en demeure pas moins qu’il est lui-même issu de cet Occident dont il partage les préjugés, comme celui qui consiste à attribuer à la religion et à la culture indienne les difficultés économiques de ce pays : « Ces vaches, animaux tabous, qu’il était interdit de tuer ou de molester, étaient un fléau de l’Inde en général, et de Calcutta en particulier ». 

La marque de Kali est sans aucun doute un bon Bob Morane. Certes, quelques invraisemblances font sourire. Par exemple, pourquoi le maharajah séquestre-t-il notre héros dans une tour entourée de crocodiles ? Il aurait pu simplement lui mettre une balle dans la tête… Mais on suppose que ces mises en scène pouvaient impressionner les adolescents de la fin des années 1950. Encore une fois, notons l’absence totale de femmes dans ce roman. Même pas une, même pas une femme de chambre dans l’hôtel de Calcutta. Bref, si vous ne l’aviez pas encore compris, les Bob Morane sont des romans de gars… 

Vernes, Henri. La marque de Kali (Bob Morane 15). Éd. Gérard (coll. Marabout Junior), c1956

2022-06-01

Honoré de Balac : L'Illustre Gaudissart et La muse du département

L’illustre Gaudissart et La Muse du département sont deux petits romans de Balzac réunis sous le titre générique de Les parisiens en province et publiés en 1843. Dans les deux cas, ces romans ont été remaniés par l’auteur pour figurer dans la Comédie humaine. Les versions antérieures, souvent plus longues, n’ont pas été retenues. Bien entendu, nous sommes toujours dans ce grand ensemble des Études de mœurs, plus particulièrement dans les Scènes de la vie de province dans lesquelles prennent place des romans célèbres comme Ursule Mirouët et Eugénie Grandet dont j’ai déjà fait les comptes rendus.

L’illustre Gaudissart présente le portrait d’un Parisien qui exerce la profession de commis-voyageur. Ce Joe-Connaissant, comme on dit au Québec, parcourt les routes de campagne pour vendre à des paysans qui souvent il méprise des abonnements à des journaux, des assurances et autres produits dont ils n’ont pour la plupart aucun besoin. Ce roman, qui se lit d’une seule traite, s’apparente à une énorme blague qu’un habitant de Vouvray, une petite ville de Touraine, joue à Félix Gaudissart. Le tout aurait pu connaître une fin tragique mais Honoré de Balzac a préféré donner à ses lecteurs une fin heureuse à cette histoire qui, en effet, s’achève par un bon dîner dans une auberge de la région. Les Parisiens sont ridiculisés par les ruraux qui s’avèrent moins bêtes qu’on le croyait… Mais ce roman rigolo n’est pas dénué de dimension sociale. En 1843, nous sommes loin de la société de consommation telle qu’on la connaît depuis une cinquantaine d’années. N’empêche que Balzac se permet une critique percutante du monde moderne en s’attaquant au matérialisme frénétique qui agite de nombreuses personnes de ce temps-là.

Dans le roman suivant, La Muse du départementBalzac dresse le portrait de madame de La Baudraye, une jeune fille de province qui brille dans son milieu mais dont le lustre se ternit dès qu'elle croise une Parisienne. L'intrigue se déroule à Sancerre, une petite ville sise entre Tour et Nevers. On le sait, l’opposition Paris-province est un thème récurrent chez Balzac, rarement en faveur des Parisiens, d’ailleurs, et ce roman en constitue encore une fois le témoignage éloquent. Voici ce que pense Honoré de Balzac lui-même de cette opposition : « Cette observation indique une des grandes plaies de notre société moderne. Sachons-le bien : la France au XIXème siècle est partagée en deux grandes zones : Paris et la province ; la province jalouse de Paris, Paris ne pensant à la province que pour lui demander de l'argent. »

Dans la première partie du roman, Balzac nous décrit l’ascension de Polydore Millaud dit La Baudraye, lequel a réalisé un bon coup en épousant Dinah Piedefer, une jeune femme jolie et brillante, peu fortunée, certes, mais de bonne noblesse. En deuxième partie, la grande dame de Sancerre reçoit la visite d’Étienne Lousteau et d’Hector Bianchon, deux enfants du pays qui sont, l’un comme l’autre, des personnages récurrents de la Comédie humaine. Lousteau mène grand train de vie à Paris. Il est en quelque sorte l’archétype du poseur, journaliste et écrivain suffisamment connu pour impressionner la gente féminine. Il use de son talent, par ailleurs surfait, pour conquérir des femmes qui savent se montrer généreuses à son endroit. Bref, on n’est pas loin du gigolo contemporain… Sous le charme, Dinah tombe dans le panneau en nouant une relation soutenue avec cet homme aussi frivole que volage. Enceinte de lui, elle descend à Paris pour s’y installer, profitant des fonds de son époux, beaucoup plus vieux qu’elle. Celui-ci, en cela très provincial, du moins comme Balzac nous dépeint cet autre archétype, préfère s’enrichir grâce à la spéculation agraire plutôt que de courir les salons. Il réussit tant et si bien ses affaires qu’il finit par obtenir quelques décorations et, surtout, un titre de baron. Il n’en fallait pas plus pour que la nouvelle baronne Dinah de la Baudraye revienne à la maison…

Que penser de La muse du département ? Un roman fort intéressant et, surtout, très structuré (quatre parties, plusieurs chapitres), ce qui n’est pas dans les habitudes de Balzac. Intéressant, écris-je, mais avec quelques longueurs. En troisième partie, pendant quelques chapitres – heureusement très courts – Lousteau commente un texte qu’il est en train d’écrire, ce qui donne lieu à plusieurs disgressions qui ralentissent le déroulement de l’intrigue. Sinon, Dinah quitte son mari et son château de province pour vivre pleinement son amour à Paris et, ce faisant, met en péril sa réputation. Mais contrairement à d’autres personnages du même type, comme la <em>Madame Bovary</em> de Flaubert, par exemple, on n’en fait pas tout un plat… et le tout rentre dans l’ordre pour le bien de tout le monde, sauf pour Étienne Lousteau qui finit par sombrer dans la médiocrité, n’arrivant plus à écrire un texte valable et vivant de plus en plus chichement au crochet d’un peu tout le monde. Cela nous vaut d’ailleurs une réflexion fort intéressante de Balzac sur les difficultés de l’écriture. Écoutons-le s’épancher sur son personnage :

Voici pourquoi. Lousteau vivait de sa plume. Dans ce siècle, et surtout depuis le triomphe d'une bourgeoisie qui se garde bien d'imiter François Ier ou Louis XIV, vivre de sa plume est un travail auquel se refuseraient les forçats, ils préféreraient la mort. Vivre de sa plume, n'est-ce pas créer ? créer aujourd'hui, demain, toujours... ou avoir l'air de créer ; or le semblant coûte aussi cher que le réel.

Le Sancerrois appartenait, par sa facilité, par son insouciance, si vous voulez, à ce groupe d'écrivains appelés du nom de faiseurs ou hommes de métier. En littérature, à Paris, de nos jours, le métier est une démission donnée de toutes prétentions à une place quelconque. Lorsqu'il ne peut plus ou qu'il ne veut plus rien être, un écrivain se fait faiseur. On mène alors une vie assez agréable. Les débutants, les bas bleus, les actrices qui commencent et celles qui finissent leur carrière, auteurs et libraires caressent ou choient ces plumes à tout faire. Lousteau, devenu viveur, n'avait plus guère que son loyer à payer en fait de dépenses. Il avait des loges à tous les théâtres. La vente des livres dont il rendait ou ne rendait pas compte soldait son gantier ; aussi disait-il à ces auteurs qui s'impriment à leurs frais : — J'ai toujours votre livre dans les mains. 

Bref, Dinah de Baufraye, devenue comtesse, est de nouveau une femme honnête et, par le fait même, jouit d’une respectabilité à toute épreuve.

Honoré de Balzac. L’Illustre Gaudissart et La muse du département, c1843.


2022-05-01

Louis Aragon : Les cloches de Bâle (Le Monde réel 1)

Le Monde réel est le titre qu’a donné Louis Aragon à son projet romanesque de construire une œuvre visant à décrire la faillite de la société bourgeoise à la veille de la Première Guerre mondiale, une des pires tragédies qu’a connu le monde depuis que le monde est monde avec près de vingt millions de morts. Si Les hommes de bonne volonté de Jules Romains repose sur l’unanimisme comme procédé littéraire, visant à illustrer toutes les composantes d’une société à un moment donné de son histoire, Le monde réel s’efforce de faire de même, mais en s’appuyant sur le réalisme socialiste, « une doctrine littéraire et artistique par laquelle l’œuvre doit promouvoir le progrès social et le socialisme »  (Wikipédia). Aujourd’hui, on ne parle à peu près plus des ces doctrines tombées dans l’oubli, sauf dans quelques cours de littérature et d’histoire de l’art sans doute. Peu importe, réalisme ou pas, socialisme ou pas, de ce mouvement ressortent parfois des œuvres littéraires de grande beauté…

Le Monde réel comprend quatre gros romans : Les cloches de Bâle (1934), Les beaux quartiers (1936), Les voyageurs de l’impériale (1942) et Aurélien (1944). Il est ensuite complété par un autre cycle, demeuré inachevé, intitulé Les Communistes (1949-1951, puis réécrit en 1966-1967 selon Wikipédia). Ce cycle se déroule avant la Deuxième Guerre mondiale. Selon Wikipédia, Aragon aurait voulu démontrer que les hommes et les femmes répètent les mêmes erreurs, rendant la guerre inévitable, ce qui semble plutôt juste, avouons-le.

Pour le moment, nous nous arrêterons au premier volume : Les cloches de Bâle. Nous verrons bien par la suite si nous poursuivons la lecture des autres volumes de cette œuvre monumentale. 

Les cloches de Bâle compte trois parties distinctes portant chacune un nom de personne : Diane, Catherine et Victor. On peut même en ajouter une quatrième puisque Louis Aragon a donné le nom de Clara à l’épilogue. Clara pour Clara Zetkin, un personnage bien réel celui-là.

La première partie est consacrée à Diane Nettencourt. Issue d’une famille noble sur le déclin, elle est mariée à Georges Brunel, un homme d'affaires prospère. Aragon raconte son histoire, celle d’une femme plutôt jolie qui, abandonnée par son premier mari, a conservé la garde de son fils, Guy, un enfant qui atteint l’âge de neuf ans à la fin du récit. D’ailleurs, l’auteur fait souvent appel à lui pour raconter l’histoire, un procédé narratif qui apporte un peu de fraîcheur au récit parfois un peu confus parce que peuplé d’une multitude de personnages. Dans cette première partie, Aragon décrit un monde plutôt privilégié dans lequel ce qui reste de noblesse s’acoquine avec la bourgeoisie montante. Mais tout ce monde, si favorisé soit-il, s’écroule quand Pierre de Sabran se fait sauter la cervelle dans le vestibule des Brunel. Le jeune homme, frère d'un militaire ami de la famille, aurait été follement épris de Diane qui a toujours refusé ses avances. Mais on apprend bientôt la véritable cause de cette tragédie : les affaires, un peu particulières, que mène Georges Brunel, un personnage que l’auteur dépeint par la suite comme cynique, profitant de toutes les failles du système pour s’enrichir. 

La deuxième partie est consacrée à une autre femme - Catherine Simonidzé - qui prend en quelque sorte la suite de Diane dont on n’entendra à peu plus parler, sauf à de rares occasions pour signaler qu’elle est la maîtresse de Wisner, un industriel de l’automobile, par ailleurs ami de ce Brunel avec qui elle vient de divorcer. Catherine Simonidzé s’avère d’une tout autre trempe. D’origine géorgienne, donc russe, elle est la soeur d’Hélène Mercurot, femme d’un militaire dont Fernand Desgouttes-Valèze est l’ami. Celui-ci est littéralement subjugué par la beauté de Catherine. Mais rapidement elle l’écarte de sa vie, comme elle le fera pour de nombreux hommes par la suite. Féministe avant la lettre, elle ne supporte pas de se retrouver au second plan en tant que femme. Elle a même failli se fiancer avec un autre militaire, Jean Thiébault, avec qui elle est partie en vacances du côté de Bellegarde en Haute-Savoie. Témoin des événements tragiques lors de la grève des ouvriers de l’industrie horlogère, elle a pris conscience de ses propres contradictions. En effet, si elle n’est pas fortunée, Catherine vit de mandats qu’envoie chaque mois son père, un homme qui tire ses revenus d’une exploitation pétrolière de Bakou. Dans cette période trouble qui précède la Première Guerre mondiale, Catherine se lie avec des anarchistes, milieu ambigu qui se confond parfois avec le grand banditisme de la Bande à Bonnot. Catherine cherche sa voie, un sens à sa présence en ce monde et se distance du milieu qu’elle fréquentait depuis sa naissance. 

Dans la troisième partie, intitulée Victor, l’auteur poursuit l’histoire de Catherine, personnage central des Cloches de Bâle. Des ennuis de santé l’obligent à s’éloigner de Paris pour soigner une maladie pulmonaire qui, selon son médecin, aura raison d’elle d’ici quelques années. Tout en vivant à l’écart de la capitale, elle continue à fréquenter des anarchistes, des bons comme des mauvais. Un jour, elle apprend le suicide de Paul Lafargue et de Laura Marx, la fille de Karl Marx. Déroutée par cette nouvelle, elle rentre à Paris. Catherine Simonidzé n’est pas satisfaite de sa vie. Un soir, alors qu’elle est bien près de se jeter dans la Seine, un homme la ramène à l’ordre, si on peut s’exprimer ainsi. Cet homme est Victor, un ouvrier, syndicaliste et socialiste, et il deviendra son ami - pas de cœur ni de corps, toutefois. Victor permet à Catherine de connaître le milieu ouvrier et, surtout, de s’impliquer en tant que bénévole au syndicat. Cela donne l’occasion à l’auteur de décrire en long et en large la grève des chauffeurs de taxi de 1912, un conflit qui s’est étendu sur plusieurs mois et qui a fait de nombreuses victimes chez les grévistes. Cette grève permet aussi à Catherine de se détourner du milieu anarchiste dont certains éléments seraient des agents provocateurs au service de la police, ce dont elle se refuse à croire, toutefois. 

À la fin du récit, Catherine se retrouve à Bâle au célèbre congrès du même nom, une conférence internationale organisée par les socialistes suisses en faveur de la paix. Pendant cette épilogue qui clôt le roman, l’auteur mélange personnages de fiction et personnages historiques et profite de l’occasion pour rendre un vibrant hommage à Clara Zetkin, militante féministe et socialiste allemande. Les dernières lignes du roman en témoignent : 

« Maintenant, ici, commence la nouvelle romance. Ici finit le roman de chevalerie. Ici pour la première fois dans le monde la place est faite au véritable amour. Celui qui n’est pas souillé par la hiérarchie de l’homme et de la femme, par la sordide histoire des robes et des baisers, par la domination d’argent de l’homme sur la femme ou de la femme sur l’homme. La femme des temps modernes est née, et c’est elle que je chante. Et c’est elle que je chanterai. » 

Ainsi se termine Les cloches de Bâle, un très beau roman. Pourquoi ce titre ? Parce que ces cloches, quand elles sonnent, annoncent depuis la nuit des temps des catastrophes à venir. Vous aurez déjà compris que Louis Aragon pense à la Première guerre mondiale qui se profile à l’horizon et que certains, comme Jean Jaurès, présent au Congrès de Bâle, voulait empêcher à tout prix.

La suite dans le volume 2 du Monde réel : Les beaux quartiers.


Louis Aragon : Les cloches de Bâle (Le Monde réel 1). Gallimard, c1934, 1972


2022-04-01

Henri Vernes : Bob Morane 14 : Opération Atlantide

Le quatorzième roman de Bob Morane débute alors que notre héros est en vacances dans les Caraïbes. À Nassau (Bahamas), il se procure un petit voilier pour naviguer dans cet archipel situé au sud-est des Bahamas à la recherche d’une île déserte pour se reposer pendant quelques semaines et, si possible, « se replonger dans la paix des origines ». Il tombe effectivement sur une île qui semble inhabitée. Il y passe la nuit, remettant son exploration au lendemain matin. Malheureusement pour lui, de l’autre côté d’une colline, il aperçoit trois ou quatre habitations en tôle ondulée et un espace sur la mer dans lequel se trouve un étrange navire, un appareil qui tient davantage du sous-marin que du bateau proprement dit. Ne voyant personne, il se permet d’entrer mais, entendant des voix, il se cache dans un compartiment tandis que l’embarcation se met en route sous la mer. Le voilà donc pris au piège.

Il est vite repéré, molesté, puis détaché. Les quatre hommes qu’il a devant lui constituent une équipe scientifique britannique. Ils ont conçu cet espèce de tank sous-marin dans un alliage de métaux innovateur (le kearnalumine), ce qui leur permet d’explorer les fonds marins à une profondeur inconnue jusqu’alors. Ils sont à la recherche des traces d’une civilisation disparue, peut-être cette fameuse Atlantide, ce continent englouti dans la nuit des temps. Conscients que ce projet peut susciter la convoitise d’une puissance étrangère, ils manœuvrent dans la plus grande discrétion. Ne pouvant libérer Bob Morane pour des raisons de sécurité, ils l’intègrent dans leur équipe, au grand plaisir de celui-ci qui n’envisage pas la vie sans aventures ténébreuses… D’ailleurs, l’aventure viendra plus rapidement que prévu car notre héros détourne l’attention d’un groupe d’attaquants aux traits asiatiques, visiblement à la solde d’un pays non identifié. Bob Morane s’en sort presque miraculeusement et réussit à réintégrer le sous-marin qui doit entreprendre son périple sur-le-champ afin d’échapper à leurs poursuivants.

Dans les chapitres suivants, le sous-marin s’enfonce dans la Mer des Sargasses, allant de découvertes en découvertes. Pendant un moment, on a plutôt l’impression d’être dans un roman de Jules Verne, et non d’Henri Vernes… puis l’aventure renaît quand l’équipe de recherche scientifique découvre une cité engloutie qui pourrait bien être l’Atlantide. Les quatre hommes y pénètrent.. mais ils sont rapidement pris en chasse par des créatures, mi-hommes mi-poissons, munies d’étranges armes contre lesquelles ils sont heureusement protégés, du moins pour un certain temps car, vite entourés par une centaine de ces créatures (que l’auteur désigne par la suite sous le nom d’Ichtyanthropes), ils n’ont d’autre choix que de les suivre. Et c’est là qu’ils se rendent compte que des hommes les commandent, revêtus comme eux de scaphandres.

Ces hommes sont les derniers habitants d’Atlantide. Vivant sous un immense dôme, ils respirent un air pur, si pur que la vie à la surface leur serait devenue impossible si d’aventure ils souhaitaient remonter. De l’Atlantide originelle, il ne reste que deux îles englouties. Chilac, le chef d’une d’entre elles, accueille Bob Morane et ses amis scientifiques. Les Atlantes sont en déclin ; leurs jours sont comptés. En raison de leurs croyances qui tiennent davantage de la superstition que d’une religion, ils fuient comme la peste l’île voisine - aussi engloutie que celle où ils vivent - où résiderait le Grand Dagon. Bob Morane, notre héros qui n’a peur de rien, décide de partir lui-même à la découverte de cette seconde île. Malheureusement, il sera capturé par le colonel Kapek, un militaire à la solde d’Urga, cet homme aux traits asiatiques qui a tenté de s’emparer du sous-marin britannique avant qu’il ne quitte l’île. Kapek et Urga, on l’aura déjà compris, ne sont guère intéressés par les découvertes archéologiques. Ce qu’ils recherchent, ce sont les innovations militaires et, sans doute aussi, l’uranium qu’on trouve en grande quantité dans le sous-sol de l’Atlantide. Malheureusement pour eux, ils périront en même temps que les Atlantes dont ils ne restent plus rien à la fin du récit.

Que dire de ce quatorzième Bob Morane ? Fidèle à son habitude, Henri Vernes ne fait figurer aucune femme dans ce récit. Même chez les Atlantes… où pourtant on aurait dû mettre en scène les dernières familles de ce continent mythique. Autre chose, comme dans Le Secret des Mayas, notre héros assiste à l’effondrement d’une civilisation, d’une tradition. Un signe sans doute que la fin des années 1950 sonne le glas de plusieurs civilisations dans le monde, victime de la colonisation et de la culture matérielle des Occidentaux. Avant de terminer, une remarque s’impose : dans Opération Atlantide, l’auteur commence à frayer avec la science-fiction et le fantastique, genre dans lequel il sautera à pieds joints dans la série de l’Ombre jaune. 

Vernes, Henri. Opération Atlantide (Bob Morane 14). Éd. Gérard (coll. Marabout Junior), c1956

2021-12-04